L'ancien président de la Banque nationale suisse (BNS) propose un débriefing global de la crise.
Jean-Pierre Roth ouvre son exposé sur l'univers nouveau dans lequel la Suisse évolue, avec la fin de l'ancien monde. Il évoque la chute du mur de Berlin et du monde polarisé d'alors, en insistant sur la courte durée écoulée depuis lors. "Dix ans", dit-t-il à plusieurs reprises. La salle s'agite face à cette démonstration du temps qui passe sans qu'on le remarque et murmure "20 ans depuis la chute du mur" d'un bout à l'autre. Une erreur de chiffre qui fait sourire de la part d'un banquier national.
Jean-Pierre Roth cite les divers organes internationaux, le FMI, le G20, l'Union Européenne, et ne craint pas d'estimer que les conditions actuelles de gouvernance mondiales sont défavorables à la Suisse. La gouvernance est non seulement plus globale, mais aussi plus politisée. "Nous devons renforcer notre présence à l'extérieur", insiste-t-il, en écho parfait à la présidente de la Confédération Doris Leuthard, qui l'invoquait ce matin-même. "La Suisse, située au coeur de l'Europe, doit tisser ses alliances face aux grands blocs politiques voisins".
Cependant, le bilan n'est pas si sombre: Jean-Pierre Roth estime que la Suisse est écoutée et que son expérience dans la régulation financière est reconnue. Cependant, en n'étant pas impliquée d'office dans les discussions internationales, en tant que non-membre de l'Union Européenne, elle doit redoubler d'efforts pour se faire entendre et participer à l'ordre juridique international.
"Notre pays a des atouts enviés de l'extérieur. Les yeux restent admiratifs" A ce titre, l'ancien banquier cite la présence économique helvétique à l'étranger mais aussi son statut de véritable rendez-vous international, avec le siège des grandes institutions, qui fait de la Suisse un lieu de rencontre pour les discussions et négociations. Enfin, la traversée de la crise somme toute peu chahutée démontre les capacités économiques exceptionnelles du pays, alors qu'il ne jouit même pas de rente de sous-sol riche en hydrocarbure, comme c'est le cas en Norvège, pays qui démontre les mêmes résultats encourageants.
Enfin,Jean-Pierre Roth rappelle que la Suisse bénéfie d'une admistration admirable, intègre et engagée, alors qu'elle est si souvent critiquée dans le pays du fédéralisme.
Le mot de la fin: "Nous venons de vivre la fin de la période de l'après-guerre et nous entrons dans un monde gouverné par les grands, mais qui ne sont plus seulement les vainqueurs de la guerre mondiale. Dans ces conditions, la Suisse a toutes ses chances de s'y faire une place, à condition de sortir de son isolement.
Débat animé par Chantal Tauxe:
Comment sort-on de notre isolement?
Nous sommes en combat avec tous nos voisins. Nous devons maintenant débattre de nos relations avec l'Union Européenne de manière plus rationnelle.
Cela signifie-t-il d'envisager une adhésion à l'UE?
Pour l'instant, il n'y a pas de majorité de la population là-dessus. Mais avec un débat initié par les dirigeants, on pourrait faire évoluer cette question.
Remarquez qu'aujourd'hui, la Suisse est exclue dans tous les cas de figure des organes dirigeantes internationales. Lorsqu'un Européen est exigé pour un poste de haut fonctionnaire, on nous refuse, car nous ne sommes pas membres de l'UE. Et lorsqu'un non-européen est demandé, la vision géographique prime et la Suisse passe pour un représentant de l'Europe!
Est-ce que l'action de l'Union Européenne d'il y a dix jours pour sauver l'euro sera-t-il efficace?Pour cela, il faudrait un fort taux de croissance. Mais nous ne retrouverons certainement pas les taux d'alors et les collectivités publiques seront alors obligées de s'endetter à nouveau.
Nous évoluons dans un nouvel environnement de blocs, n'est-ce pas inquiétant pour les générations futures?
Nous avons un bloc européen vieillissant, un bloc asiatique qui travaille énormément et veut gagner encore plus d'argent, et un bloc américain encore différent. Nous sommes un petit poisson dans un environnement difficile, entouré de requins.
Faudrait-il une autre action spécifique de la Suisse sur la zone euro?
La Suisse est un gros contributeur du FMI, elle participe déjà de ce biais là. Mais je tiens à rappeler une chose méconnue: La Grande-Bretagne ne participe pas au plan de sauvetage, et il faudrait que la Suisse le fasse? Ca ne fait pas un peu désordre?
Les commentaires récents