Le discours tenu par la présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey, au Forum des 100 du 31 mai est maintenant disponible en version intégrale ici (PDF 72 Kb). Pendant la conférence elle a également engagé l'audience dans la discussion. Aperçu en quatre thèmes et une citation.
-- par Eric Felley et Yves Steiner
MONDIALISATION ET AIDE AU DÉVELOPPEMENT
La mondialisation, Micheline Calmy-Rey l’a répété, n’a pas que des effets positifs. Chausser des lunettes roses apparaît bien peu utile pour comprendre la réalité mondialisée qui se dessine sous nos yeux. Ainsi, si l’accroissement des richesses a été sans précédent ces vingt dernières années, les écarts de développement n’ont cessé de se creuser. Et l’Afrique subsaharienne demeure le parent pauvre de la planète.
Une situation qui ne laisse pas insensible une présidente de la Confédération sûre qu’un monde plus juste est possible. L’aide publique au développement revêt un aspect crucial, notamment en Afrique. Certes, Micheline Calmy-Rey en convient, les
400 milliards de dollars versés sur le continent africain en un quart de siècle ont parfois manqué leur cible. La lutte contre le communisme ou le terrorisme, les bakchichs pour l’accès aux ressources que renferme le continent, bref, bien des raisons politiques ont souvent guidé l’attribution de l’argent du développement. Résultat, le discrédit a été jeté sur une manne pourtant si nécessaire.
Jusqu’ici, la Suisse a concentré son aide sur la lutte contre la pauvreté, «une aide réelle et efficace» a martelé la cheffe du DFAE. Or, comme elle l’a rappelé, l’année 2007 est décisive. Le Parlement doit se prononcer sur les crédits alloués au développement. Des crédits qui restent modestes en comparaison internationale. Tout juste 0,4% du produit national brut alors que la Suisse envisageait, devant l’ONU en 2005, d’atteindre 0,7%.
LA GENEVE INTERNATIONALE AIDE LA SUISSE
Si la Suisse joue un rôle d’influence et non de puissance dans le monde, c’est grâce à son investissement dans la Genève internationale. La Suisse possède ici un instrument qui lui permet «d’exercer une influence plus que proportionnelle à son poids objectif dans les relations internationales», a dit Micheline Calmy-Rey. Une influence qui se fonde sur deux piliers fondamentaux: celui de l’humanitaire et du commerce international.
Ainsi, la Genève de l’humanitaire regroupe le gotha des organisations du domaine. Du Haut Commissariat aux réfugiés à celui des droits de l’homme, du CICR à la Croix-Rouge, du Conseil des droits de l’homme au futur Forum humanitaire mondial, présidé par Kofi Annan. Tout cela, sans compter avec la multitude d’ONG basées sur place, à l’image de Médecins sans frontières, Human Rights Watch, l’Association pour la prévention de la torture ou l’Organisation mondiale contre la torture. Sans compter aussi sur le terreau intellectuel du lieu, dont l’Institut des hautes études internationales et de développement sera bientôt un élément saillant. Un institut qui comportera, entre autres, un nouveau Centre de compétence en droit international humanitaire et en droits humains pour participer à l’accompagnement académique de la Genève internationale.
Dans le champ du commerce international, Genève peut se targuer de voir installé sur ses rives lémaniques, l’Organisation mondiale du commerce. Une institution qui, avec les autres agences internationales, forme la communauté de la Genève internationale, forte de plus de 35 000 personnes. Et dont le budget annuel s’élève désormais à près de 8 milliards de francs par année. Derrière cela se dessine encore la présence des missions gouvernementales avec l’ancrage de Genève comme point de passage obligé pour 130 000 délégués chaque année.
L’EUROPE DES BILATERALES
Pour Micheline Calmy-Rey, la voie des bilatérales reste aujourd’hui la meilleure solution pour ancrer la Suisse au sein de l’Europe. Faute d’un soutien populaire suffisant, il faut s’en contenter, même si l’exercice est compliqué et que la multitude d’accords bilatéraux avec nos voisins, 120 au total, forme un joli plat de spaghettis.
Sans s’engager personnellement, la présidente de la Confédération suit la ligne tracée par la majorité du Conseil fédéral qui fixe trois exigences avec nos «partenaires naturels» en Europe: l’autonomie dans nos décisions politiques, des conditions-cadres économiques qui «ne doivent pas évoluer dans un sens qui nous serait défavorable» et enfin le développement d’accords bilatéraux sectoriels pour régler les problèmes. Micheline Calmy-Rey l’a dit, la Suisse n’est plus demandeuse d’accord avec Bruxelles, sauf peut-être un accord-cadre pour chapeauter l’entier de nos accords bilatéraux actuels.
Sur la polémique fiscale lancée par Bruxelles, la conseillère fédérale socialiste a réaffirmé que: «Nul n’a jamais prétendu que la voie des bilatérales serait un chemin parsemé de pétales de rose. Mais nos relations bilatérales sont solides et il est dans l’intérêt des deux parties de les maintenir. La controverse sur les régimes fiscaux cantonaux n’enlève rien à cette constatation.» L’idée d’une adhésion à l’Union européenne n’a donc jamais été aussi lointaine. Et le Conseil fédéral navigue par beau temps: «Il n’y a aucun doute aujourd’hui: les conditions-cadres économiques nous sont favorables et nous disposons d’une marge de manœuvre suffisante dans nos choix politiques en relation avec l’Union européenne.» Restons en là, semble souffler la présidente.
L’INTEGRATION EN AVANT
L’intégration des étrangers occupe une place particulière et importante dans le sens d’une politique globale de nos rapports avec le monde. Micheline Calmy-Rey a insisté sur le fait qu’aujourd’hui la politique intérieure et la politique extérieure sont étroitement liées. Dans son discours, elle a mis dos à dos les extrêmes et plaidé pour «une société respectueuse des différences.» Elle a aussi rappelé que sur le plan national, l’intégration a été le «défi de nos pères» dans les générations précédentes. Aujourd’hui la Suisse est confrontée à un autre défi, dans une société mondialisée. En prenant l’exemple du Kosovo, dont 40 000 ressortissants vivent en Suisse, la présidente de la Confédération veut une politique préventive. Car, au fond, si des problèmes politiques surviennent à nouveau dans cette région des Balkans, il faudra s’attendre à un afflux de réfugiés en Suisse.
Sur ce thème de l’intégration, Micheline Calmy-Rey a décoché quelques flèches contre l’Union démocratique du centre (UDC) et son attitude outrancière, en particulier sur son initiative visant à interdire les minarets. «C’est un projet dangereux et, de mon avis, il est anticonstitutionnel.» Selon elle: «Un clocher d’église et un minaret, c’est la même chose!» Autre pique à l’attention
de l’UDC, elle estime que le problème des réfugiés, qui concerne entre 40 000 et 50 000 personnes, est un phénomène marginal. «On peut s’ouvrir aux autres, si on est bien dans sa peau.» Elle a finalement mis en l’accent sur l’importance économique des étrangers pour la Suisse et la mise en place d’un «contrat d’intégration», une idée dont la socialiste revendique la paternité pour son parti.
VERBATIM
«Les valeurs ne poussent pas sur les arbres. Elles grandissent au cours d’un processus historique, elles naissent dans le discours, dans la pensée, dans la pratique politique, et dans la relation avisée avec la différence. Il nous faut débattre des valeurs, les étudier, les entretenir, les transmettre et, au besoin, les défendre et les assumer. En y regardant de plus près, vous verrez qu’il n’existe pas de valeurs occidentales qui ne seraient pas également des valeurs tout simplement humaines et donc communes à tous. L’unité de la nature humaine est universelle, aussi universelle que le besoin qu’ont les hommes et les femmes d’avoir des valeurs qui les guident, les orientent et protègent leur dignité. En ce sens, les sociétés d’Asie et d’Afrique n’ont pas à suivre le développement historique de l’Occident pour découvrir la nature universelle de ces valeurs. Les valeurs sont universelles, mais cela ne signifie pas qu’elles soient absolues. Les valeurs sont un idéal que poursuivent les sociétés et les individus – chacun à sa façon. Les modalités pour atteindre ces valeurs, les habitudes, les traditions et les pratiques peuvent changer dans le temps et dans l’espace. Les valeurs ne sont pas des prescriptions rigides qui interdiraient ou rendraient impossible toute interprétation ou aménagement autonome.»
Micheline Calmy-Rey
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