Le Forum 2008

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Les archives du Forum

  • Qu'est-ce que le Forum des 100?
    Les "100": alumni 2005/06/07 (PDF)

    Le programme du Forum 2005 (PDF 60Kb)
    Le programme du Forum 2006 (PDF 100Kb)
    Le programme du Forum 2007 (PDF 140Kb)
    Le programme du Forum 2008 (PDF 200Kb)

    Tout le Forum des 100 en vidéo:
    - édition 2005 sur le site du CERN
    - édition 2006 sur le site de l'UNIL
    - édition 2007 sur le site de l'UNIL

    Parmi les speakers 2005:
    Pascal Couchepin, Conseiller fédéral: "La Suisse Romande, une région apprenante?" (PDF 778Kb)
    Christoph Koellreuter, directeur BAK Basel Economics: "Métropoles européennes, l'Arc lémanique, MiIttelland et leurs concurrents."" (PDF 322Kb)
    Ralph Lewin, président du Conseil d'Etat de Bâle-Ville: "Bâle, une région frontalière pionnière en Suisse" (PDF 592Kb)
    Marie-Hélène Miauton, directrice de M.I.S Trend: "Le système de formation suisse: sondage" (PDF 642Kb)
    Benedikt Weibel, directeur des CFF: "En gare, les trains, la vie, la ville" (PDF 1.7Mb)

    Parmi les speakers 2006:
    Gerhard Schroeder, ancien Chancelier allemand, répond aux invités du Forum (PDF 331Kb)
    Olivier Steimer, Président BCV: "Les métiers bancaires de demain" (PDF 163Kb)
    Laurent Miéville, fondateur Unitec: "Comment transformer la recherche en emploi" (PFD 565Kb)
    Marie-Hélène Miauton, directrice de M.I.S Trend: "Comment va le travail en Suisse: sondage" (PDF 521Kb)
    Beat Bolzhauser, directeur Stadler Stahlguss Biel: "Le miracle de la fonderie de Bienne" (PDF 510Kb)

    Parmi les speakers 2007:
    Micheline Calmy-Rey, présidente de la Confédération: La Suisse dans le monde (PDF 71Kb)
    Suren Erkman, professeur UNIL: "L'écologie industrielle, avenir de l'économie" (PDF 591Kb)
    Pierre Varenne, directeur Conception et Développement Michelin: "Voiture Hy-Light: Hydrogène et mobilité" (PFD 694Kb)
    Marie-Hélène Miauton, directrice M.I.S Trend: "Les Suisses et les questions environmentales: sondage" (PDF 654Kb)
    Alexander Zehnder, président Conseil Ecoles Polytechniques Fédérales: "La société à 2000 Watts" (PDF 291Kb)

11 posts de la catégorie "Energie"

mardi 18 mars 2008

Bertrand Piccard: La Suisse doit devenir une Sustainability Valley

Bertrandpiccard

Un événement très exceptionnel s'est déroulé aujourd'hui à Berne: un citoyen ne faisant pas partie des élus membres des Chambres a tenu un discours à la tribune du Conseil national. Bertrand Piccard (photo), leader du projet d'avion solaire Solar Impulse , qui a été invité à s'exprimer devant plusieurs dizaines de députés. Dans un discours d'une quinzaine de minutes, il a décrit le projet comme un symbole et lancé un appel à la classe politique pour que la Suisse "retrouve son leadership". Piccard avait tenu un discours similaire au Forum des 100 de 2006 (vidéo ici, dernier discours de la session du matin).

Extraits de son discours d'aujourd'hui:

"La Suisse doit impérativement explorer de nouvelles voies. Et je n’en vois pas d’autre que celle du développement durable. Malheureusement, nous n’en prenons pas le chemin. Pourtant ce n’est pas le savoir faire qui manque, c’est le courage de passer de l’idée à sa mise en œuvre. Nous devrions déjà occuper les avant-postes dans de nombreux domaines : technologies propres, efficience énergétique, énergies renouvelables. On connaît la Silicon Valley, pourquoi la Suisse n’est-elle pas déjà devenue la Sustainability Valley? 

C’est ce symbole que désire véhiculer le projet Solar Impulse. Un avion capable de voler jour et nuit à l’énergie solaire, jusqu’à accomplir un tour du monde sans aucun carburant ni pollution, est notre façon à nous  d’attirer l’attention sur l’énorme potentiel de l’efficience énergétique et des énergies renouvelables. Cet avion n’est plus un rêve ; une équipe de 50 spécialistes dirigés par mon partenaire André Borschberg y travaillent depuis 4 ans. C’est un projet dont les racines sont profondément suisses : l’avion est construit actuellement à Dübendorf et volera l’année prochaine à Payerne, il mobilise autant les cerveaux de l’EPFL que ceux de l’ETHZ, il bénéficie du savoir-faire du Swatch Group, du soutien des autorités et de nombreuses PME suisses.

Mais Solar Impulse n’est pas qu’un avion solaire, c’est avant tout la volonté de communiquer un état d’esprit. (...)  Je crois à la force de ce symbole, mais à condition de tout mettre en œuvre pour le concrétiser au quotidien. Si un avion peut voler de nuit comme de jour sans carburant, qu’on ne vienne pas nous dire que notre société ne peut pas s’affranchir des énergies fossiles. Nos voisins l’ont déjà compris. Le parlement européen nous a d’ailleurs invités pour lui présenter Solar Impulse en avril, car l’Europe y voit un exemple de ce qui peut être fait en termes de nouvelles technologies propres.

C’est dans ce domaine-là que la Suisse doit exceller (...) Et cela indépendamment de la stricte problématique environnementale. Le prix des énergies fossiles, limitées en quantités, ne peut que croître et progressivement étouffer notre productivité, avec tous les troubles sociaux que cela impliquera quand certaines couches de la population n’auront plus de quoi payer l’énergie dont elles auront besoin. (...)  De l’autre côté, le prix des énergies renouvelables, illimitées en quantité, ne peut que diminuer, avec des débouchés industriels et financiers fantastiques pour ceux qui auront su les saisir. Voilà où la Suisse aurait dû se positionner il y a 10 ans déjà, avant que l’Allemagne ne devienne le deuxième producteur mondial de panneaux solaires et le Danemark le leader en éoliennes. 

Or je vois que nous partons dans la direction opposée.  On pense répondre à une future pénurie d’énergie par la construction de nouvelles centrales qui engendreront de petits bénéfices locaux. Cela manque totalement de vision politique. Ce dont a besoin notre économie pour générer un profit important, c’est d’un cadre légal qui empêche le gaspillage actuel, et des normes très strictes en termes de consommation énergétique et de production de CO2.  Il faut inciter, voir contraindre, la  population et l’industrie à entrer dans cette logique pour à la fois lutter contre les changements climatiques et booster notre économie à l’interne et à l’exportation. 

Cela est possible sans affecter notre mobilité et notre niveau de vie. (...) Pourquoi ne pas se fixer un objectif ambitieux ? Pourquoi ne pas donner à la population l’objectif d’économiser 30 % d’énergie en une décennie?
Quand JF Kennedy a donné comme but d’envoyer dans les 10 ans un homme sur la Lune, il a soulevé l’enthousiasme de toute une nation. Faisons de même aujourd’hui, non pas pour conquérir une autre planète, mais pour vivre mieux sur la nôtre. 

Il est clair que la seule promotion des énergies renouvelables est inutile tant que l’on n’aura pas réussi à maîtriser notre consommation. Il en est de même pour Solar Impulse. Pour pouvoir se satisfaire de la seule énergie solaire, toute la technologie de l’avion tourne autour de la recherche d’une réduction drastique des besoins. Si le pilote de l’avion solaire n’optimise pas la gestion de son énergie, ses batteries seront vides avant le lever de soleil suivant et le vol s’arrêtera. Et si notre société ne fait pas de même, elle tombera en panne avant la génération suivante.

C’est de cela que la Suisse a besoin. Pas parce que c’est facile, mais parce que cela nous conduira vers le succès. Soyons à nouveau des pionniers, des visionnaires, comme nos ancêtres ; pas seulement pour le bien de la nature, mais surtout et avant tout pour le bien de notre économie nationale et de la place de notre pays dans ce monde. 

Est-ce encore temps pour la Suisse ? J’espère profondément que oui. Mais pour cela, il vous faut impérativement introduire le cadre légal qui oblige malgré elles l’industrie et l’économie et à relever cet extraordinaire défi, et cela sans clivage gauche-droite, car tout le monde en profitera."

jeudi 17 janvier 2008

Consommation d'énergie: plan d'action pour la Suisse

-- par Alain Jeannet

Hebdocover17janvier07 Vingt-cinq centimes? Cinquante centimes? Quelle que soit l’augmentation du prix du litre d’essence proposée par Moritz Leuenberger, il faut se préparer à de belles empoignades. Le conseiller fédéral devrait publier bientôt son plan de lutte contre le réchauffement climatique − dont la fameuse taxe CO2 sur les carburants. Et tout indique qu’il sera froidement accueilli. Parce que toucher au porte-monnaie des automobilistes, c’est limiter ce qui est désormais considéré comme un droit fondamental, celui de se déplacer. Parce que, dans le cas précis, il s’agit de réinjecter le fruit de cette nouvelle taxe dans les assurances sociales. Un non-sens. Parce que cette mesure n’aura pas d’impact sur la consommation. Et donc pas d’effet bénéfique sur l’environnement. Malgré la hausse brutale de l’essence, ces douze derniers mois, les Suisses n’ont jamais autant roulé, il faut bien le reconnaître.

Le projet de taxe CO2 peut provoquer l’enlisement dans des querelles stériles. Ou alors relancer le débat sur la politique énergétique de la Suisse. C’est en tout cas ce qu’espèrent les chercheurs, les politiciens et les industriels interpellés par L’Hebdo. Chacun à leur manière, ils proposent des pistes à Moritz Leuenberger, responsable à la fois des Transports, de l’Energie et de l’Environnement, mais qui n’a pas su jusqu’ici profiter de sa position pour proposer un vrai plan. Et préparer, à terme, la fin du pétrole, du charbon, de l’uranium.

D’abord, les mesures d’économie. Notre groupe d’experts en dégage une dizaine qui permettraient des résultats spectaculaires (et rapides) pour améliorer notre efficacité énergétique quotidienne: chauffage, transports, électroménager... On sait par exemple que les immeubles Minergie sont quatre à cinq fois moins énergivores que la plupart des bâtiments existants. Mais ça n’est pas tout.

Dans sa réponse à la lettre de Peter Bodenmann, publiée dans L'Hebdo aujourd'hui, le président de Swatch Group, Nicolas Hayek, explique pourquoi il croit au potentiel du solaire et de l’hydrogène. Son axiome de base: à supposer que l’on puisse, dans un pays comme la Suisse, stabiliser puis diminuer notre consommation d’énergie, il en sera de toute façon autrement à l’échelle du monde. On connaît la soif des Chinois, des Indiens et de tous les autres pays en plein décollage économique. Difficile aussi d’imaginer que l’on puisse brider leurs envies de consommer et de voyager. Voilà pourquoi il faut investir massivement dans les énergies renouvelables. Avec un baril à 100 dollars, elles deviennent enfin concurrentielles.

Toujours dans L'Hebdo, le même Bodenmann poursuit sa réflexion et propose une politique pour «reconnecter» la Suisse, autrefois leader dans les technologies propres. S’il se montre optimiste pour des pays comme l’Allemagne, il manifeste aujourd’hui le plus grand scepticisme face à une Suisse détentrice de savoir-faire uniques, mais qui peine à les exploiter. Pour lui, c’est à l’étranger qu’on finira par créer les nouveaux emplois de cols verts. Et pas chez nous. Après le virage raté de l’informatique, celui des nouvelles énergies? A moins de suivre les injonctions de Nicolas Hayek. Ou celles d’un vétéran de l’industrie automobile, le Suisse Bob Lutz, de General Motors, grand promoteur (récemment converti) de la voiture électrique.

Pour les élections fédérales, la plupart des partis, de droite comme de gauche, avaient repeint leur façade en vert. Ils semblent avoir oublié, depuis, leurs discours tonitruants sur le mariage de l’écologie et de l’innovation. On attend désormais du PDC, des radicaux mais aussi des socialistes, qu’ils reprennent sérieusement le débat. Qu’ils suivent l’exemple des Sarkozy, Schwarzenegger et autre Angela Merkel.

Et qu’ils passent à l’acte.

Téléchargez l'article "La Suisse face à sa révolution écologique" publié aujourd'hui dans L'Hebdo (6 pages, PDF 640 KB)

mercredi 05 septembre 2007

Le plan Hayek pour l'énergie propre - suite

Articlehayeksml Dans L'Hebdo d'aujourd'hui, la suite de l'article d'il y a deux semaines sur le plan de Nicolas G. Hayek et ses partenaires pour développer un moteur à pile à combustible et un électrolyseur capable de produire l'hydrogène nécessaire en exploitant l'énergie solaire.

L'article (qu'on peut télécharger ici en PDF: 5 pages, 1.3 MB) détaille le projet, révèle les partenaires (PSI, Groupe E, Deutsche Bank, Swatch Group, etc), et nomme les visages connus qui y sont associés, dont l'acteur/activiste George Clooney et l'ex-astronaute Claude Nicollier.

Nous publions également une interview de Hayek: "Le jour s'approche où les puits de pétrole seront épuisés. Les énergies traditionnelles et non renouvelables sont concentrées dans certaines régions du monde. Il faut mettre un terme à cette dépendance. Si nous réussissons notre projet, nous donnerons à la Suisse - et au monde - la liberté énergétique."

vendredi 24 août 2007

Voiture propre: le nouveau plan Hayek

Exclusif. La pile à combustible est l’avenir de l’automobile. Dix ans après la Smart, Nicolas Hayek et ses partenaires veulent positionner la Suisse en pointe des énergies propres. Par Bruno Giussani et Alain Jeannet.

(Cet article peut aussi être téléchargé ici en format PDF)

Planhayek_aout07 Décidément, Nicolas Hayek ne renonce jamais. On savait qu’il jouait, depuis son retrait de l’aventure Smart, avec l’idée d’un moteur révolutionnaire. Le voici enfin, son nouveau plan: la production de voitures propres, fonctionnant grâce à une pile à combustible (PAC). Ses partenaires: l’entreprise d’électricité fribourgeoise Groupe E et les Ecoles polytechniques fédérales – plus spécifiquement l’Institut Paul Scherrer. Une société commune devrait être créée ces prochains jours. Son nom? Il reste à trouver. L’actionnaire majoritaire? Nicolas Hayek. «Regardez par la fenêtre, explique le légendaire entrepreneur. Le climat est devenu fou. Parce que l’homme n’a pas su soigner sa planète. Parce qu’il n’a pas compris la responsabilité qui est la sienne. Je veux faire tout ce qui est en mon pouvoir pour accélérer le développement des énergies alternatives et renouvelables. En Suisse comme partout dans le monde, nous allons beaucoup trop lentement.»

Combien Swatch Group, Nicolas Hayek (à titre privé) et ses partenaires vont-ils investir ensemble dans cette entreprise? Dans un premier temps, une somme relativement modeste en regard de l’ambition du projet. Soit entre 20 et 30 millions de francs. Quand ces automobiles vertes seront-elles disponibles sur le marché? Et quelle allure auront-elles? Trop tôt pour le dire. Surtout, le fondateur et président du géant horloger n’envisage pas, cette fois, de construire l’entier du véhicule. Il a tiré les leçons de son difficile partenariat avec DaimlerChrysler et préfère se concentrer sur la fabrication d’un moteur qui sera vendu aux grandes marques automobiles, ou aux futurs constructeurs. Il précise: «Cette technologie existe depuis plusieurs années. Le problème? Elle reste extrêmement onéreuse et peu fiable.» L’objectif consiste donc à faire baisser le coût de revient d’un moteur (actuellement plus de 50 000 francs) à moins de 10 000 francs. Et à le rendre plus résistant.

A L’HORIZON 2010

C’est là qu’intervient l’Institut Paul Scherrer. Les chercheurs zurichois ont développé une technologie PAC particulièrement performante, d’ailleurs déjà testée sur un autre projet avec le fabricant de pneus Michelin celui-là, dont un prototype a été exposé au Forum des 100. Il s’agit maintenant, grâce au savoir-faire et à l’expérience de Nicolas Hayek, de Swatch Group et de l’entreprise Hayek Engineering, de passer, par étapes, au stade de la production industrielle et de la commercialisation. Horizon 2010.

Bien sûr, Swatch Group et ses partenaires ne sont pas les seuls sur le coup – tous les grands constructeurs automobiles travaillent sur leur version d’une voiture fonctionnant sur le principe de la pile à combustible. Ce qui différencie le projet Hayek, c’est qu’il intègre la problématique du ravitaillement en carburant. Le nerf de la guerre, puisque la grande faiblesse des piles à combustible, c’est l’approvisionnement en hydrogène: de grandes quantités d’énergie sont nécessaires pour le produire à partir de l’eau (lire l’encadré).

La beauté et l’originalité du projet Hayek, donc? Grâce aux développements des ingénieurs du Groupe E et au dynamisme de son patron, Philippe Virdis, la nouvelle société n’offrira pas seulement des moteurs automobiles, mais aussi un système d’électrolyse permettant de séparer l’eau en hydrogène et en oxygène, les carburants nécessaires au fonctionnement de la pile à combustible. Et, pour alimenter cet appareil, une installation de panneaux photovoltaïques fixée, par exemple, sur le toit de la maison. En résumé, l’énergie d’origine solaire, combinée à l’eau, permet de faire rouler des voitures sans aucune émission de CO2. La boucle écologique est bouclée.

L’ATOUT DE LA SUISSE

Mais attention: l’ambition de Hayek, Virdis & Co. n’est pas seulement d’appliquer cette technologie à l’automobile. En effet, le même procédé peut être utilisé pour satisfaire les besoins en électricité d’un ou de plusieurs ménages. Objectif: développer et commercialiser une espèce de minicentrale. «Et la faire tenir, à terme, dans un volume équivalent à celui d’une machine à laver le linge», explique Philippe Virdis (un électrolyseur aujourd’hui occupe la taille d’un garage). Un pas de plus est franchi, qui nous rapproche d’une production décentralisée de l’énergie! Qu’il s’agisse de faire fonctionner un fer à repasser, un poste de télévision, un ordinateur... Ou de remplir son réservoir.

On l’ignore trop souvent: la recherche et l’industrie helvétiques sont bien armées pour jouer un rôle de pionnier dans le développement et la production de voitures de nouvelle génération. «Nous sommes à la pointe des technologies de la pile à combustible, souligne encore Alexander Zehnder, le président des Ecoles polytechniques. Et nous devons tout faire pour conserver cette avance.» Il y a plus: l’industrie helvétique exporte déjà chaque année pour 7 milliards de francs de composants automobiles, la plupart à forte valeur ajoutée, sans pourtant abriter de grandes marques. Ce qui lui assure cet avantage précieux: contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays, l’introduction de technologies d’avant-garde ne se heurte pas au lobby des constructeurs automobiles établis et à leur réticence à adopter les idées les plus audacieuses. «Si nous voulons vraiment inverser le cours des choses à l’échelle du globe, conclut Nicolas Hayek, il faut repenser de toute urgence et fondamentalement notre manière de nous déplacer. La façon aussi que nous avons de produire et de gérer l’énergie consommée quotidiennement. Je vous le dis: nous, les Suisses, nous sommes sans aucun doute les mieux placés du monde pour provoquer ce changement.»

(Publié dans L'Hebdo du 23 août 2007) 

mardi 10 juillet 2007

L'écologie selon Schwarzenegger

Au Forum des 100 du 31 mai dernier, Daniel Brélaz, le syndic de Lausanne, a recommandé l'approche californienne du gouverneur Arnold Schwarzenegger à la crise environmentale: fixer des délais pour des mesures contraignantes en matière d'environment afin de laisser aux entreprises et aux particuliers le temps de s'adapter, mais aussi de s'assurer que l'on obtiendra des effets concrets. Donnant suite à l'intervention de Brélaz, notre correspondante aux Etats-Unis est allé voir quelles mesures a annoncé le gouverneur de Californie -- et pourquoi les experts, écolos comme financiers, pensent que son exemple fera mouche.

-- par Maria Pia Mascaro

Arnold L’environnement, c’est comme le bodybuilding. Enfin, c’est comme ça qu’aime en parler Arnold Schwarzenegger, gouverneur de Californie, devenu l’improbable chantre de la lutte contre le réchauffement climatique aux Etats-Unis. «Au début, le bodybuilding ça faisait mauvaise façon, des célébrités le pratiquaient à Hollywood, mais elles n’osaient pas l’admettre», lançait, très sérieux, le mois dernier, Schwarzenegger aux membres médusés du Conseil on Foreign Relations à New York, plus habitués à entendre les grands de ce monde débattre des crises internationales.

«Eh bien, c’est pareil avec l’écologie», poursuit, sûr de son fait, le bodybuildé le plus célèbre du monde. «Il a fallu apprendre à la rendre aussi sexy et à la mode que la musculation.» Le gouverneur californien, que certains surnomment déjà l’Al Gore des républicains, se targue, non sans raison, d’être l’un des artisans de la vague verte qui gagne peu à peu les Etats-Unis. Il ne se contente du reste pas d’en parler. Ce qui lui a valu ces
derniers mois une couverture de Newsweek, des invitations par les cercles politiques les plus prisés et influents de Washington et de New York, des sollicitations par tous les plateaux de télévision. Surtout, il est aujourd’hui le républicain le plus détesté à la Maison-Blanche.

En septembre dernier, à quelques mois d’une réélection loin d’être assurée, l’ancien Monsieur Univers, qui a rangé son écurie de sept Hummer au garage, ces 4x4 qui sont au civil ce que le Humwee est au militaire, part en campagne à bord d’un bus repeint en vert et arborant une image du spectaculaire massif du Yosemite sur le flanc. Il signe peu après la loi AB32, le texte législatif le plus drastique adopté à ce jour pour réduire les gaz à effets de serre aux Etats-Unis. D’ici 2020, les émissions de CO2 devront être ramenées au niveau de 1990, soit une baisse de 25%, puis de 80% d’ici à 2050. Principales industries visées: les constructeurs automobiles, les raffineries, les cimenteries...

La loi n’entrera en vigueur qu’en 2012, mais déjà l’Air Ressource Board (ARB), l’agence chargée de son application, planche sur les premières mesures «précoces» à mettre en place, si possible dès 2009. «Nous préparons un système de déclarations obligatoires du niveau d’émissions et la liste des industries à inclure», explique BreAnda Northcutt, porte-parole d’ARB. «Les compagnies qui réduiront leurs émissions avant 2012 recevront des crédits sous une forme ou une autre.»

Déjà, certains secteurs industriels tremblent. David O’Hare, vice-président de Portland Cement Association, qui regroupe des cimenteries aux Etats-Unis et au Canada, doute que ces grosses émettrices de CO2 puissent respecter le délai. «Il nous faut une transition plus longue pour mettre en place un système de capture des gaz avant qu’ils ne soient libérés dans l’atmosphère, la technologie n’est pas au point.» Se faisant tour à tour menaçant, puis dépité, David O’Hare affirme: «Nous devrons augmenter la part de ciment importé et fermer des cimenteries californiennes, ou alors délocaliser.» La grogne n’est pas spécifique à son secteur.

Lire la suite "L'écologie selon Schwarzenegger" »

lundi 11 juin 2007

Les présentations des orateurs du Forum 2007

Les présentations des orateurs du Forum des 100, édition 2007 peuvent maintenant être téléchargées ici:

  • Micheline Calmy-Rey, présidente de la Confédération: "La Suisse dans le monde" (texte intégral du discours, PDF 71Kb)
  • Suren Erkman, professeur UNIL: "L'écologie industrielle, avenir de l'économie" (slides, PDF 591Kb)
  • Pierre Varenne, directeur Conception et Développement Michelin: "Voiture Hy-Light: Hydrogène et mobilité" (slides, PFD 694Kb)
  • Marie-Hélène Miauton, directrice M.I.S Trend: "Les Suisses et les questions environmentales: sondage" (slides, PDF 654Kb)
  • Alexander Zehnder, président Conseil Ecoles Polytechniques Fédérales: "La société à 2000 Watts" (slides, PDF 291Kb)

jeudi 31 mai 2007

9h45, la société à 2000 watts

-- Par David Spring

Alexandre Zehnder, président du conseil des EPF, rappelle que l'idée de la société à 2000 W remonte aux années 90. Elle se base sur l'énergie consommée par chacun, au cours de l'année. 2000 W, c'est 20 ampoules de 100 W allumées jour et nuit. Or, en ce moment, en Suisse, on consomme plus de 6000 W.

Elle se décompose ainsi: 3500 pour les énergies fossiles, 2000 en énergie renouvelable et le reste en provenance de l'étranger. Les Etats-Unis sont à 12000 W, l'Europe à 6000, le monde en moyenne à 2000. La Chine se trouve en dessous.

En 1960, on consommait 2000 W en Suisse. "On a pu vivre avec cela!", rappelle Alexandre Zehnder. Avec la technologie en place, "on pourrait retrouver ces 2000 W en 2050. Nous sommes sur le bon chemin."

Les principes: 3 litres aux 100 km pour les voitures, 3 litres de mazout au mètre carré pour les maisons (contre 10), produire 150 kg de déchet par an et par personne (contre 350). "On peut imaginer que c'est faisable."

Pourquoi ne peut-on pas atteindre les 2000 W dans les constructions ? Parce que l'on a construit des maisons coûteuses en énergie dans les années 50 et 60, et il faut les remplacer. Or, elles durent 50 à 100 ans. Ses conclusions: la société à 2000 W stimule l'esprit d'innovation, renforce l'économie et notre position de leader sur le marché et réduit notre dépendance en matière de ressources.

Interrogé par Bruno Giussani, Alexandre Zehnder indique consommer 3500 W, ne possède pas de voiture et vis "près de sa femme" dans 90 mètres carrés. Par contre, il prend beaucoup l'avion "pour son travail".

mercredi 11 avril 2007

La société à 2000 watts

Alexander Zehnder, le président du Conseil des Ecoles polytechniques -- qui interviendra au Forum des 100 du 31 mai 2007 -- veut que les Suisses divisent leur consommation énergétique par trois. Sans perte de confort. Titus Plattner l'a rencontré dans le train, entre Zurich et Lausanne. (Cet article, publié le 8 février 07 dans "L'Hebdo", peut également être téléchargé en format PDF).

Hebdo_070208_zehnder

Faut-il construire une nouvelle centrale nucléaire ou plutôt privilégier une centrale à gaz, qui dégage pourtant des quantités de CO2? Depuis plusieurs semaines, les partis politiques suisses s'écharpent sur l'avenir énergétique du pays et chacun affine son programme en matière de politique de l'environnement. Car les élections fédérales de 2007 seront vertes, estiment les stratèges en communication. De leur côté, les élites politiques et économiques mondiales viennent de discuter du changement climatique, à Paris et à Davos.

Et si, plutôt que de chercher uniquement de nouvelles sources d'énergie, on commençait par arrêter de gaspiller? Le président du Conseil des Ecoles polytechniques, Alexander Zehnder, propose de limiter drastiquement la consommation d'énergie: chaque être humain en aurait une quantité définie. Charge aux pays riches de diminuer leur consommation, tandis que les pays émergents doivent entrer dans un développement maîtrisé.
L'idée n'est pas nouvelle et a déjà fait l'objet d'un rapport publié en 1998, mais elle revient au centre de l'actualité. Pour expliquer cette vision, encore fallait-il un concept simple et facile à communiquer. La lumière est venue, lors d'un trajet en train entre Zurich et Lausanne avec les professeurs Olaf Kübler et Alexander Wokaun: la "Société à 2000 watts" (PDF).

En clair, tout au long de l'année, 24 heures sur 24, une personne ne devrait pas dépenser plus que l'équivalent de vingt ampoules de 100 W allumées en permanence. Ces 2000 W englobent toutes les énergies confondues: essence, mazout, électricité, mais aussi l'énergie grise, c'est-à-dire celle qu'a nécessitée la production d'un objet ou d'un bâtiment. Le lit dans lequel on dort, le pain que l'on mange ont chacun coûté une certaine quantité de watts pour leur fabrication Aujourd'hui, un Suisse consomme en moyenne 6500 W et un Américain environ 12 000…

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jeudi 08 mars 2007

Biocarburants: comment les pétroliers torpillent la production suisse

  • La révision  de  la loi que s’apprêtent à voter les Chambres fédérales marque une volonté claire de soutenir les carburants verts produits en Suisse.
  • Sous l’influence des compagnies pétrolières, la Fondation du centime climatique refuse de cofinancer plusieurs projets, notamment romands.
  • Résultat de ces divergences: des projets novateurs risquent de partir à l’étranger et la Suisse rate l’occasion de développer un savoir-faire.

-- par Michel Guillaume

Ce devrait être une excellente nouvelle pour les partisans d’une production indigène de biocarburants. Les Chambres fédérales approuveront ce mois encore la loi révisée sur l’imposition des huiles minérales. Sauf immense surprise, elles y défiscaliseront les biocarburants, non sans y ajouter une touche de protectionnisme dont le Conseil fédéral ne voulait pas. Chaque année, le gouvernement ne pourra donner son feu vert à un contingent d’importations qu’en fonction des capacités de la production suisse.

Directeur d’Alcosuisse, un centre de profit de la régie fédérale des alcools, le Jurassien Pierre Schaller est le premier à s’en réjouir. Il entrevoit enfin le bout du tunnel pour le projet qu’il chérit depuis plusieurs années: la construction de deux usines de production de bioéthanol, dont la première, qui nécessite déjà des investissements de 80 millions de francs, doit fournir 250 millions de litres d’éthanol par an à l’horizon 2010.

Prodethanolworldwide «Je suis persuadé que le projet se réalisera si les Chambres donnent enfin le bon signal politique. Nous avons des investisseurs qui sont prêts à financer le projet, lequel passerait en mains privées», assure Pierre Schaller. 
L’optimisme du Jurassien contraste pourtant avec le scepticisme de plus en plus avoué d’autres producteurs issus des milieux agricoles. Pour ficeler leur business plan, ceux-ci comptaient beaucoup sur l’appui de la Fondation du centime climatique. Mais celle-ci a d’ores et déjà renoncé à aider directement des projets de production indigène.

La Fondation est un organisme privé mis sur pied entre autres par l’Union pétrolière qui gère les 100 millions de francs de rentrées réalisées annuellement grâce au prélèvement de 1,5 centime sur chaque litre d’essence. Avec cet argent, elle doit financer des projets permettant d’économiser un million de tonnes de CO2 durant la période 2008-2012 et permettre ainsi à la Suisse de remplir ses engagements dans le cadre du Protocole de Kyoto. Elle a décidé de porter l’accent notamment sur l’assainissement énergétique des bâtiments.

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jeudi 05 octobre 2006

Bruno Oberle: "Le réchauffement climatique nous coûtera des milliards"

- par Michel Guillaume

Les conséquences du réchauffement seront nombreuses autant que coûteuses. Mais il est possible de marier croissance économique et respect de l'écologie. Voici un an que Bruno Oberle a succédé à Philippe Roch à la tête de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV). D'emblée, le nouveau directeur s'est démarqué de son prédécesseur par un ton plus conciliant. Même si la taxe CO2 ne touche pas les carburants pour le moment, ce qui fâche beaucoup les écologistes, il se dit persuadé que la Suisse respectera les objectifs fixés par le Protocole de Kyoto.

Beaucoup de médias sur la planète thématisent les risques du réchauffement climatique. Assiste-t-on à une vraie prise de conscience?
Je le pense. Aux Etats-Unis, l'ouragan Katrina a constitué un choc. Certes, le président George W. Bush n'a pas ratifié le Protocole de Kyoto, mais certains Etats américains - la Californie par exemple - se sont fixés des objectifs ambitieux.

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