Le Forum 2008

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Les archives du Forum

  • Qu'est-ce que le Forum des 100?
    Les "100": alumni 2005/06/07 (PDF)

    Le programme du Forum 2005 (PDF 60Kb)
    Le programme du Forum 2006 (PDF 100Kb)
    Le programme du Forum 2007 (PDF 140Kb)
    Le programme du Forum 2008 (PDF 200Kb)

    Tout le Forum des 100 en vidéo:
    - édition 2005 sur le site du CERN
    - édition 2006 sur le site de l'UNIL
    - édition 2007 sur le site de l'UNIL

    Parmi les speakers 2005:
    Pascal Couchepin, Conseiller fédéral: "La Suisse Romande, une région apprenante?" (PDF 778Kb)
    Christoph Koellreuter, directeur BAK Basel Economics: "Métropoles européennes, l'Arc lémanique, MiIttelland et leurs concurrents."" (PDF 322Kb)
    Ralph Lewin, président du Conseil d'Etat de Bâle-Ville: "Bâle, une région frontalière pionnière en Suisse" (PDF 592Kb)
    Marie-Hélène Miauton, directrice de M.I.S Trend: "Le système de formation suisse: sondage" (PDF 642Kb)
    Benedikt Weibel, directeur des CFF: "En gare, les trains, la vie, la ville" (PDF 1.7Mb)

    Parmi les speakers 2006:
    Gerhard Schroeder, ancien Chancelier allemand, répond aux invités du Forum (PDF 331Kb)
    Olivier Steimer, Président BCV: "Les métiers bancaires de demain" (PDF 163Kb)
    Laurent Miéville, fondateur Unitec: "Comment transformer la recherche en emploi" (PFD 565Kb)
    Marie-Hélène Miauton, directrice de M.I.S Trend: "Comment va le travail en Suisse: sondage" (PDF 521Kb)
    Beat Bolzhauser, directeur Stadler Stahlguss Biel: "Le miracle de la fonderie de Bienne" (PDF 510Kb)

    Parmi les speakers 2007:
    Micheline Calmy-Rey, présidente de la Confédération: La Suisse dans le monde (PDF 71Kb)
    Suren Erkman, professeur UNIL: "L'écologie industrielle, avenir de l'économie" (PDF 591Kb)
    Pierre Varenne, directeur Conception et Développement Michelin: "Voiture Hy-Light: Hydrogène et mobilité" (PFD 694Kb)
    Marie-Hélène Miauton, directrice M.I.S Trend: "Les Suisses et les questions environmentales: sondage" (PDF 654Kb)
    Alexander Zehnder, président Conseil Ecoles Polytechniques Fédérales: "La société à 2000 Watts" (PDF 291Kb)

14 posts de la catégorie "Changement climatique"

mardi 18 mars 2008

Bertrand Piccard: La Suisse doit devenir une Sustainability Valley

Bertrandpiccard

Un événement très exceptionnel s'est déroulé aujourd'hui à Berne: un citoyen ne faisant pas partie des élus membres des Chambres a tenu un discours à la tribune du Conseil national. Bertrand Piccard (photo), leader du projet d'avion solaire Solar Impulse , qui a été invité à s'exprimer devant plusieurs dizaines de députés. Dans un discours d'une quinzaine de minutes, il a décrit le projet comme un symbole et lancé un appel à la classe politique pour que la Suisse "retrouve son leadership". Piccard avait tenu un discours similaire au Forum des 100 de 2006 (vidéo ici, dernier discours de la session du matin).

Extraits de son discours d'aujourd'hui:

"La Suisse doit impérativement explorer de nouvelles voies. Et je n’en vois pas d’autre que celle du développement durable. Malheureusement, nous n’en prenons pas le chemin. Pourtant ce n’est pas le savoir faire qui manque, c’est le courage de passer de l’idée à sa mise en œuvre. Nous devrions déjà occuper les avant-postes dans de nombreux domaines : technologies propres, efficience énergétique, énergies renouvelables. On connaît la Silicon Valley, pourquoi la Suisse n’est-elle pas déjà devenue la Sustainability Valley? 

C’est ce symbole que désire véhiculer le projet Solar Impulse. Un avion capable de voler jour et nuit à l’énergie solaire, jusqu’à accomplir un tour du monde sans aucun carburant ni pollution, est notre façon à nous  d’attirer l’attention sur l’énorme potentiel de l’efficience énergétique et des énergies renouvelables. Cet avion n’est plus un rêve ; une équipe de 50 spécialistes dirigés par mon partenaire André Borschberg y travaillent depuis 4 ans. C’est un projet dont les racines sont profondément suisses : l’avion est construit actuellement à Dübendorf et volera l’année prochaine à Payerne, il mobilise autant les cerveaux de l’EPFL que ceux de l’ETHZ, il bénéficie du savoir-faire du Swatch Group, du soutien des autorités et de nombreuses PME suisses.

Mais Solar Impulse n’est pas qu’un avion solaire, c’est avant tout la volonté de communiquer un état d’esprit. (...)  Je crois à la force de ce symbole, mais à condition de tout mettre en œuvre pour le concrétiser au quotidien. Si un avion peut voler de nuit comme de jour sans carburant, qu’on ne vienne pas nous dire que notre société ne peut pas s’affranchir des énergies fossiles. Nos voisins l’ont déjà compris. Le parlement européen nous a d’ailleurs invités pour lui présenter Solar Impulse en avril, car l’Europe y voit un exemple de ce qui peut être fait en termes de nouvelles technologies propres.

C’est dans ce domaine-là que la Suisse doit exceller (...) Et cela indépendamment de la stricte problématique environnementale. Le prix des énergies fossiles, limitées en quantités, ne peut que croître et progressivement étouffer notre productivité, avec tous les troubles sociaux que cela impliquera quand certaines couches de la population n’auront plus de quoi payer l’énergie dont elles auront besoin. (...)  De l’autre côté, le prix des énergies renouvelables, illimitées en quantité, ne peut que diminuer, avec des débouchés industriels et financiers fantastiques pour ceux qui auront su les saisir. Voilà où la Suisse aurait dû se positionner il y a 10 ans déjà, avant que l’Allemagne ne devienne le deuxième producteur mondial de panneaux solaires et le Danemark le leader en éoliennes. 

Or je vois que nous partons dans la direction opposée.  On pense répondre à une future pénurie d’énergie par la construction de nouvelles centrales qui engendreront de petits bénéfices locaux. Cela manque totalement de vision politique. Ce dont a besoin notre économie pour générer un profit important, c’est d’un cadre légal qui empêche le gaspillage actuel, et des normes très strictes en termes de consommation énergétique et de production de CO2.  Il faut inciter, voir contraindre, la  population et l’industrie à entrer dans cette logique pour à la fois lutter contre les changements climatiques et booster notre économie à l’interne et à l’exportation. 

Cela est possible sans affecter notre mobilité et notre niveau de vie. (...) Pourquoi ne pas se fixer un objectif ambitieux ? Pourquoi ne pas donner à la population l’objectif d’économiser 30 % d’énergie en une décennie?
Quand JF Kennedy a donné comme but d’envoyer dans les 10 ans un homme sur la Lune, il a soulevé l’enthousiasme de toute une nation. Faisons de même aujourd’hui, non pas pour conquérir une autre planète, mais pour vivre mieux sur la nôtre. 

Il est clair que la seule promotion des énergies renouvelables est inutile tant que l’on n’aura pas réussi à maîtriser notre consommation. Il en est de même pour Solar Impulse. Pour pouvoir se satisfaire de la seule énergie solaire, toute la technologie de l’avion tourne autour de la recherche d’une réduction drastique des besoins. Si le pilote de l’avion solaire n’optimise pas la gestion de son énergie, ses batteries seront vides avant le lever de soleil suivant et le vol s’arrêtera. Et si notre société ne fait pas de même, elle tombera en panne avant la génération suivante.

C’est de cela que la Suisse a besoin. Pas parce que c’est facile, mais parce que cela nous conduira vers le succès. Soyons à nouveau des pionniers, des visionnaires, comme nos ancêtres ; pas seulement pour le bien de la nature, mais surtout et avant tout pour le bien de notre économie nationale et de la place de notre pays dans ce monde. 

Est-ce encore temps pour la Suisse ? J’espère profondément que oui. Mais pour cela, il vous faut impérativement introduire le cadre légal qui oblige malgré elles l’industrie et l’économie et à relever cet extraordinaire défi, et cela sans clivage gauche-droite, car tout le monde en profitera."

jeudi 17 janvier 2008

Consommation d'énergie: plan d'action pour la Suisse

-- par Alain Jeannet

Hebdocover17janvier07 Vingt-cinq centimes? Cinquante centimes? Quelle que soit l’augmentation du prix du litre d’essence proposée par Moritz Leuenberger, il faut se préparer à de belles empoignades. Le conseiller fédéral devrait publier bientôt son plan de lutte contre le réchauffement climatique − dont la fameuse taxe CO2 sur les carburants. Et tout indique qu’il sera froidement accueilli. Parce que toucher au porte-monnaie des automobilistes, c’est limiter ce qui est désormais considéré comme un droit fondamental, celui de se déplacer. Parce que, dans le cas précis, il s’agit de réinjecter le fruit de cette nouvelle taxe dans les assurances sociales. Un non-sens. Parce que cette mesure n’aura pas d’impact sur la consommation. Et donc pas d’effet bénéfique sur l’environnement. Malgré la hausse brutale de l’essence, ces douze derniers mois, les Suisses n’ont jamais autant roulé, il faut bien le reconnaître.

Le projet de taxe CO2 peut provoquer l’enlisement dans des querelles stériles. Ou alors relancer le débat sur la politique énergétique de la Suisse. C’est en tout cas ce qu’espèrent les chercheurs, les politiciens et les industriels interpellés par L’Hebdo. Chacun à leur manière, ils proposent des pistes à Moritz Leuenberger, responsable à la fois des Transports, de l’Energie et de l’Environnement, mais qui n’a pas su jusqu’ici profiter de sa position pour proposer un vrai plan. Et préparer, à terme, la fin du pétrole, du charbon, de l’uranium.

D’abord, les mesures d’économie. Notre groupe d’experts en dégage une dizaine qui permettraient des résultats spectaculaires (et rapides) pour améliorer notre efficacité énergétique quotidienne: chauffage, transports, électroménager... On sait par exemple que les immeubles Minergie sont quatre à cinq fois moins énergivores que la plupart des bâtiments existants. Mais ça n’est pas tout.

Dans sa réponse à la lettre de Peter Bodenmann, publiée dans L'Hebdo aujourd'hui, le président de Swatch Group, Nicolas Hayek, explique pourquoi il croit au potentiel du solaire et de l’hydrogène. Son axiome de base: à supposer que l’on puisse, dans un pays comme la Suisse, stabiliser puis diminuer notre consommation d’énergie, il en sera de toute façon autrement à l’échelle du monde. On connaît la soif des Chinois, des Indiens et de tous les autres pays en plein décollage économique. Difficile aussi d’imaginer que l’on puisse brider leurs envies de consommer et de voyager. Voilà pourquoi il faut investir massivement dans les énergies renouvelables. Avec un baril à 100 dollars, elles deviennent enfin concurrentielles.

Toujours dans L'Hebdo, le même Bodenmann poursuit sa réflexion et propose une politique pour «reconnecter» la Suisse, autrefois leader dans les technologies propres. S’il se montre optimiste pour des pays comme l’Allemagne, il manifeste aujourd’hui le plus grand scepticisme face à une Suisse détentrice de savoir-faire uniques, mais qui peine à les exploiter. Pour lui, c’est à l’étranger qu’on finira par créer les nouveaux emplois de cols verts. Et pas chez nous. Après le virage raté de l’informatique, celui des nouvelles énergies? A moins de suivre les injonctions de Nicolas Hayek. Ou celles d’un vétéran de l’industrie automobile, le Suisse Bob Lutz, de General Motors, grand promoteur (récemment converti) de la voiture électrique.

Pour les élections fédérales, la plupart des partis, de droite comme de gauche, avaient repeint leur façade en vert. Ils semblent avoir oublié, depuis, leurs discours tonitruants sur le mariage de l’écologie et de l’innovation. On attend désormais du PDC, des radicaux mais aussi des socialistes, qu’ils reprennent sérieusement le débat. Qu’ils suivent l’exemple des Sarkozy, Schwarzenegger et autre Angela Merkel.

Et qu’ils passent à l’acte.

Téléchargez l'article "La Suisse face à sa révolution écologique" publié aujourd'hui dans L'Hebdo (6 pages, PDF 640 KB)

jeudi 13 septembre 2007

Ecologie: l'aveuglement du patronat suisse

-- commentaire de Philippe Le Bé

Ainsi, aux yeux de Gerold Bührer, "il n’est pas possible de répondre au défi climatique avec une politique qui se soustrait aux principes économiques". Et le président d’economiesuisse de tirer à boulets rouges sur les récentes mesures de protection de l’environnement proposées par le conseiller fédéral Moritz Leuenberger.

Visiblement, à force de regarder l’avenir dans un rétroviseur, le patronat suisse n’a encore pas mesuré l’ampleur des bouleversements climatiques qui nous menacent de manière toujours plus tangible, jour après jour. Il n’a pas saisi que, sans mesures de contrainte, il est vain d’escompter un quelconque changement des comportements individuel et collectif dans la lutte contre les émissions de CO2. Non seulement une taxe écologique élargie aux carburants s’impose, mais elle devrait être sensiblement plus lourde. A condition, comme le suggère avec sagesse Alexander Zehnder, président du conseil des Ecoles polytechniques fédérales, que son augmentation vers un niveau très élevé, connu dès aujourd’hui, soit progressive. Ainsi, les entrepreneurs comme les ménages, avertis de ce qui les attend s’ils ne font rien, auraient le temps de se préparer sérieusement.

Quant aux réflexions du genre «c’est aux autres pays qui polluent le plus de faire des efforts, nous avons assez donné», elles révèlent un comportement infantile et irresponsable. En matière de respect de la biodiversité, par exemple, la Suisse est bien loin d’avoir un comportement exemplaire.

Au vrai, n’en déplaise à Gerold Bührer, toute politique économique qui cherche à se soustraire aux principes de l’écologie sera, plus rapidement qu’on ne l’imagine, vouée à un échec cuisant.

lundi 13 août 2007

Chaud devant: catastrophes en vue

La Suisse se réchauffe deux fois plus vite que ses voisins. Cela va de pair avec la hausse des risques de catastrophes naturelles, surtout dans un environnement montagneux.

-- par Natalie Bougeard

Si la planète a chaud, la Suisse, elle, transpire à grosses gouttes. Martinerebetez_2 «La hausse des températures y a été deux fois plus rapide qu’en moyenne dans l’hémisphère nord» , confirme la climatologue Martine Rebetez (photo), collaboratrice scientifique à l’Institut fédéral de recherche sur la forêt, la neige et le paysage (WSL). Durant les 30 dernières années, la température a augmenté d’un demi degré par décennie: le climat qui régnait au bord du lac en 1975 s’est maintenant décalé vers les hauteurs – on le retrouve vers 700 mètres. Et cela ne va pas s’arranger dans les années à venir! Des scénarii climatiques de Météosuisse prévoient que jusqu’en 2050 toutes les régions helvétiques connaîtront une hausse des températures comprise entre 1 et 3 degrés, quelles que soient les saisons.

«Ce réchauffement a une influence directe sur le cycle de l’eau», dit Martine Rebetez. Premier effet: des modifications du régime des précipitations. «On observe et prévoit actuellement des précipitations extrêmes plus intenses et plus fréquentes, à l’image de celles qui ont provoqué les inondations du mois d’août 2005», explique la chercheuse. Une hausse des pluies due en partie à une évaporation accentuée par des températures plus chaudes. Cela provoque la formation de nuages de type cumulus, qui peuvent déverser une énorme quantité d’eau. Météosuisse prévoit un accroissement des précipitations en hiver de 8% dans le nord des Alpes et de 11% dans le sud, ainsi qu’une diminution de celles d’été de 17% dans le nord et 19% dans le sud des Alpes. «En quantité, les pluies estivales resteront tout de même plus importantes que celles de l’hiver», précise Martine Rebetez.

Autre effet du réchauffement: une élévation de l’altitude moyenne de l’enneigement. D’après un rapport de l’Organe consultatif sur les changements climatiques (OcCC), si cette limite se trouve actuellement environ à 850 mètres, elle devrait monter à 1020 voire 1520 mètres d’altitude en 2050, selon l’intensité du réchauffement. Une grande part des précipitations en moyenne montagne se fera donc sous forme de pluie, et non plus de neige. Cette masse d’eau liquide s’écoulera et s’ajoutera immédiatement aux lames d’eau, qui pourront provoquer des inondations.

Par ailleurs, la hausse des températures menace aussi l’existence des glaciers et du pergélisol, cette partie gelée de la croûte terrestre qui ne dépasse jamais le 0 degré. Cette superficie glacée qui sert de mortier aux roches devrait fondre partiellement à certains endroits dans les années à venir, déstabilisant les massifs. En cas de réchauffement moyen, la superficie des glaciers devrait diminuer des trois quarts d’ici à 2050 - les petits glaciers sont les plus touchés, car ils sont très sensibles aux variations de températures.

Ces changements dans le cycle de l’eau pourront, selon les conditions topographiques et géologiques, entraîner diverses catastrophes naturelles comme des inondations, des crues, des glissements de terrain, des laves torrentielles ou des chutes de pierres. «Il faut s’attendre à une multiplication des événements, surtout ceux liés à la fonte du pergélisol et des glaciers», expli-que Manfred Stähli, spécialiste de l’hydrologie de montagne au WSL. «Les étés caniculaires à l’image de 2003 deviendront également plus fréquents», poursuit le scientifique. Avec les effets sanitaires que l’on connaît: problèmes cardiaques, déshydratation, hyperthermie, coup de chaleur. En effet, le changement du climat influe en premier lieu sur le cycle de l’eau, mais touche par réaction en chaîne les secteurs les plus variés comme l’agriculture, la santé, le bâtiment, l’énergie ou l’économie.

«Le risque climatique augmente indéniablement, et il est clairement lié au réchauffement. Il entraîne un changement du régime des précipitations, de limite d’altitude d’enneigement, de fonte du pergélisol et de recul des glaciers. Cela ne veut pas dire qu’il y aura effectivement davantage de catastrophes dans l’avenir. Tout dépendra de l’exposition, de la prévention et de l’adaptation de la population», estime Martine Rebetez. C’est maintenant aux autorités de jouer – de concert avec les scientifiques – afin de réduire les risques à leur minimum et informer efficacement les citoyens.

mardi 10 juillet 2007

L'écologie selon Schwarzenegger

Au Forum des 100 du 31 mai dernier, Daniel Brélaz, le syndic de Lausanne, a recommandé l'approche californienne du gouverneur Arnold Schwarzenegger à la crise environmentale: fixer des délais pour des mesures contraignantes en matière d'environment afin de laisser aux entreprises et aux particuliers le temps de s'adapter, mais aussi de s'assurer que l'on obtiendra des effets concrets. Donnant suite à l'intervention de Brélaz, notre correspondante aux Etats-Unis est allé voir quelles mesures a annoncé le gouverneur de Californie -- et pourquoi les experts, écolos comme financiers, pensent que son exemple fera mouche.

-- par Maria Pia Mascaro

Arnold L’environnement, c’est comme le bodybuilding. Enfin, c’est comme ça qu’aime en parler Arnold Schwarzenegger, gouverneur de Californie, devenu l’improbable chantre de la lutte contre le réchauffement climatique aux Etats-Unis. «Au début, le bodybuilding ça faisait mauvaise façon, des célébrités le pratiquaient à Hollywood, mais elles n’osaient pas l’admettre», lançait, très sérieux, le mois dernier, Schwarzenegger aux membres médusés du Conseil on Foreign Relations à New York, plus habitués à entendre les grands de ce monde débattre des crises internationales.

«Eh bien, c’est pareil avec l’écologie», poursuit, sûr de son fait, le bodybuildé le plus célèbre du monde. «Il a fallu apprendre à la rendre aussi sexy et à la mode que la musculation.» Le gouverneur californien, que certains surnomment déjà l’Al Gore des républicains, se targue, non sans raison, d’être l’un des artisans de la vague verte qui gagne peu à peu les Etats-Unis. Il ne se contente du reste pas d’en parler. Ce qui lui a valu ces
derniers mois une couverture de Newsweek, des invitations par les cercles politiques les plus prisés et influents de Washington et de New York, des sollicitations par tous les plateaux de télévision. Surtout, il est aujourd’hui le républicain le plus détesté à la Maison-Blanche.

En septembre dernier, à quelques mois d’une réélection loin d’être assurée, l’ancien Monsieur Univers, qui a rangé son écurie de sept Hummer au garage, ces 4x4 qui sont au civil ce que le Humwee est au militaire, part en campagne à bord d’un bus repeint en vert et arborant une image du spectaculaire massif du Yosemite sur le flanc. Il signe peu après la loi AB32, le texte législatif le plus drastique adopté à ce jour pour réduire les gaz à effets de serre aux Etats-Unis. D’ici 2020, les émissions de CO2 devront être ramenées au niveau de 1990, soit une baisse de 25%, puis de 80% d’ici à 2050. Principales industries visées: les constructeurs automobiles, les raffineries, les cimenteries...

La loi n’entrera en vigueur qu’en 2012, mais déjà l’Air Ressource Board (ARB), l’agence chargée de son application, planche sur les premières mesures «précoces» à mettre en place, si possible dès 2009. «Nous préparons un système de déclarations obligatoires du niveau d’émissions et la liste des industries à inclure», explique BreAnda Northcutt, porte-parole d’ARB. «Les compagnies qui réduiront leurs émissions avant 2012 recevront des crédits sous une forme ou une autre.»

Déjà, certains secteurs industriels tremblent. David O’Hare, vice-président de Portland Cement Association, qui regroupe des cimenteries aux Etats-Unis et au Canada, doute que ces grosses émettrices de CO2 puissent respecter le délai. «Il nous faut une transition plus longue pour mettre en place un système de capture des gaz avant qu’ils ne soient libérés dans l’atmosphère, la technologie n’est pas au point.» Se faisant tour à tour menaçant, puis dépité, David O’Hare affirme: «Nous devrons augmenter la part de ciment importé et fermer des cimenteries californiennes, ou alors délocaliser.» La grogne n’est pas spécifique à son secteur.

Lire la suite "L'écologie selon Schwarzenegger" »

jeudi 05 juillet 2007

Encore plus chaud en Suisse

C'est le paradoxe de ces jours: il fait plus froid que d'habitude, pas évident de parler de rechauffement de la planète. Mais au cours des trente dernières années, la température a grimpé plus vite que prévu en Suisse. C'était un des thèmes du Forum des 100 du 31 mai. Aujourd'hui, des chercheurs publient de nouvelles données.

-- par Elisabeth Gordon

La Suisse se distingue, même pour ce qui est du réchauffement climatique. Entre 1975 et 2004, la hausse moyenne des températures y a été deux fois plus rapide que dans le reste de l’hémisphère nord, indiquent Martine Rebetez, collaboratrice scientifique à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), et ses collègues de l’EPFL.

Glacieraletsch Cette exception helvétique s’explique aisément: notre pays est éloigné des océans et de leurs influences bénéfiques (ils absorbent une bonne partie de la chaleur) et il est situé à une haute latitude (les régions tropicales se réchauffent moins vite que les autres). Pour Martine Rebetez, la surprise est ailleurs: «Nous avons été très étonnés d’observer qu’au cours de la période étudiée, il y avait eu une importante augmentation de la température au printemps et en été alors qu’auparavant, c’était l’hiver qui s’était beaucoup réchauffé.» Depuis 1975, le mercure a ainsi grimpé de 0,57°C par décennie si l’on considère la moyenne annuelle, mais de 0,8°C si l’on ne tient compte que des saisons estivales. Ces chiffres peuvent paraître faibles. Ils impliquent toutefois que pour retrouver la température qui régnait il y a trente ans dans un lieu donné, il faut aujourd’hui monter 300 mètres plus haut.

Ces nouvelles données révèlent que la tendance au réchauffement «se situe dans le haut de la fourchette prévue par les experts», constate Martine Rebetez. Les conséquences annoncées du changement climatique pourraient ainsi être pires que prévues. Les glaciers, dont ces résultats expliquent le recul sans précédent au cours des dernières décennies, pourraient fondre plus rapidement (dans les photos, le glacier d'Aletsch en 1900 et 2005). Le pergélisol, ce sol gelé en permanence («permafrost»), pourrait en faire autant, ce qui accroîtrait les risques de chutes de pierres et de laves torrentielles.

Autant dire que «le potentiel de catastrophes naturelles augmente plus rapidement que ce que l’on aurait osé prévoir il y a quelques années». Mais la chercheuse du WSL se refuse à noircir le tableau. Elle espère surtout que ses observations seront un «avertissement suffisant pour que l’on aménage promptement et correctement nos Alpes». Si l’on ne fait rien, «on aura de gros problèmes». Mais en prenant les mesures appropriées, «on pourrait avoir moins de catastrophes que ce que l’on aurait eu en l’absence de réchauffement». Lequel pourrait donc finalement avoir du bon

mardi 12 juin 2007

Hulot: "Il est temps que l’humanité se repose les bonnes questions"

Dans une brillante intervention au Forum des 100 (liveblog et extrait vidéo) et en discutant ensuite avec les invités, Nicolas Hulot a démontré que l’écologie est un humanisme.

-- par Antoine Duplan

L’autre jour à la télévision, Nicolas Hulot barbotait dans un banc géant d’anchois, bousculé par les dauphins affamés, torpillé par les fous de Bassan, cerné par les requins. Voilà aujourd’hui l’aventurier dans son habit de conférencier et champion de la cause écologique. D’une élégance décontractée, il gagne l’estrade d’une foulée de Sioux et prend la parole avec la même aisance qu’il a à taquiner le Carcharodon carcharias.

Aventurier, Nicolas Hulot nous a donné à voir la beauté du monde dans ses reportages. Homme de communication, il a réussi à mettre la préoccupation écologique au cœur de la campagne présidentielle française. Il démontre d’emblée dans son allocution que l’écologie n’est pas un dogme obscurantiste, mais un humanisme. Il témoigne de l’empathie avec le monde industriel: «Il est déjà difficile de concilier les enjeux économiques et sociaux. Maintenant, il faut essayer en plus de préserver les richesses d’une planète qu’on découvre toute petite. On se serait bien passé de cette contrainte supplémentaire qui vient charger la barque de l’humanité.»

F10007_hulot L’auteur du Pacte écologique appuie son exhortation sur des observations scientifiques. Mais, déplorant que les intellectuels français aient abdiqué le domaine de l’écologie comme s’il y avait «quelque chose de dégradant à s’impliquer dans cette cause suprême qu’est l’avenir de l’homme», il in-siste sur la dimension humaine et spirituelle du combat, convoquant Bossuet, Hugo, Edgar Morin, Einstein ou René Dubos. «Il est temps que l’humanité se repose les bonnes questions, qu’elle redonne du sens au progrès. Nous ne ferons pas l’économie d’un examen de conscience individuel et collectif.» Les formules-chocs qu’emploie le prophète
d’Ushuaïa ressemblent moins à des slogans publicitaires qu’à des versets bibliques: mé-diter cette nécessité de «passer d’une so-ciété du libre échange à une société du juste échange»…

Au rendez-vous critique du réchauffement climatique, au carrefour d’une crise de civilisation, Nicolas Hulot ne prône pas la décroissance, mais le rééquilibrage. C’est le dernier moment de séparer le génie humain de la folie humaine, ainsi que de rabibocher cet autre couple que forment l’avenir et le progrès. «Personne ne peut se sentir exonéré de cet objectif. Demain dépend de notre volonté collective.»

Pour répondre à l’enjeu «magnifique» du développement durable, il en appelle à trois formes de solidarité. Avec le vivant, car on ne peut se prétendre civilisé quand on pense vivre sur une branche détachée de l’arbre de la création: «De la même manière que nous partageons une communauté d’origine avec tout ce qui vit, nous avons une communauté de destin. Dans la biodiversité résident les clés de l’avenir.» Avec l’espace, car ce sont toujours les mêmes qui trinqueront – comme au Darfour. Avec le futur, car on ne peut spolier nos enfants.
Il s’agit à présent de rassembler la famille humaine, d’abdiquer les mythes d’abondance et de croissance dans lesquels nous avons grandi, de bouter hors de nos sociétés la croissance du jetable, de déplacer la fiscalité du travail sur la fiscalité écologique et environnementale, de réviser la politique agricole commune et les institutions, d’encourager la recherche qui permet de réduire les incertitudes et de valider les décisions politiques...

La vertu n’étant pas spontanée, il faut l’encourager. L’industrie automobile doit-elle absolument faire croire que le bonheur c’est la puissance et vendre des voitures qui roulent à 200 km/heure? Faut-il épuiser les nappes phréatiques pour produire des pommes de terre dont la rondeur flatte l’œil du consommateur? «Il va bien falloir remettre de l’ordre dans ce système. Notre responsabilité de citoyens est immense, conclut Nicolas Hulot. C’est ça l’esprit du Pacte écologique. On a besoin des industriels, des scientifiques, des chercheurs, des consommateurs et des politiques, évidemment, à condition qu’ils acceptent sur cet enjeu de mettre les sempiternelles querelles idéologiques de côté.»

Suite à une question de Jacques Bourgeois, de l’Union suisse des paysans, Nicolas Hulot a encore rappelé que les biocarburants ne sont pas la panacée pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas sur terre assez de surfaces agricoles pour faire à la fois du carburant et des aliments. Et il adoube René Longet, maire d’Onex, en rappelant que le Pacte écologique ne connaît pas de frontières.

lundi 11 juin 2007

Les présentations des orateurs du Forum 2007

Les présentations des orateurs du Forum des 100, édition 2007 peuvent maintenant être téléchargées ici:

  • Micheline Calmy-Rey, présidente de la Confédération: "La Suisse dans le monde" (texte intégral du discours, PDF 71Kb)
  • Suren Erkman, professeur UNIL: "L'écologie industrielle, avenir de l'économie" (slides, PDF 591Kb)
  • Pierre Varenne, directeur Conception et Développement Michelin: "Voiture Hy-Light: Hydrogène et mobilité" (slides, PFD 694Kb)
  • Marie-Hélène Miauton, directrice M.I.S Trend: "Les Suisses et les questions environmentales: sondage" (slides, PDF 654Kb)
  • Alexander Zehnder, président Conseil Ecoles Polytechniques Fédérales: "La société à 2000 Watts" (slides, PDF 291Kb)

jeudi 31 mai 2007

11h55, Pour une gouvernance écologique mondiale (par Nicolas Hulot)

-- par Christophe Schenk

Journaliste et explorateur, Nicolas Hulot commence par détailler les enjeux de son Pacte écologique, tout en soulignant l'importance d'agir. "Aujourd'hui, chacun doit prendre sa part de responsabilités, car nous n'avons plus l'éternité devant nous." Un moyen de réconcilier ce couple ancestral: génie humain et folie humaine.

Face aux défis actuels, il refuse pourtant de jouer la carte du désespoir: "L'avenir est désespérant si on laisse le temps nous dicter le changement", analyse-t-il. "Nous avons encore l'occasion de la conduire et de décider de notre futur et de celui de nos enfants."

Pour expliquer les conséquences des chagements environnementaux et l'importance d'agir, Nicolas Hulot part d'un constat simple: on ne peut ignorer le clivage actuel entre les damnés de la terre et ceux qui ont tiré leur épingle du jeu. Un clivage auquel s'ajoute l'humiliation. Et aujourd'hui, les changements climatiques augmentent encore cette humiliation. "De manière indirecte, le conflit au Darfour est lié à ce changement", observe-t-il. L'augmentation d'un degré de la température a amené à des migrations nomades qui furent la source du conflit."

Face aux changements climatiques, l''humanité est à un carrefour des civilisations. Mais elle est aussi au paroxysme de la puissance du génie humain. "Mais en dépit de cette intelligence, nous sommes parfois d'une bêtise incroyable. Car nous perdons de vue l'aspect miraculeux de la vie", constate Nicolas Hulot. "L'homme doit donc se reconnecter à la vie."

Surtout, il faut voir dans les contraintes actuelles, qui obligent à réfléchir, une extraordinaire possibilité de réfléchir ensemble. "En un sens, c'est providentiel", souligne Nicolas Hulot. "Car nous n'avons d'autre choix que de nous retrouver, de nous rassembler, pour réaliser ce défi." Les enjeux économiques et écologiques peuvent donc se rencontrer pour trouver une solution. "Les désabusés et les sceptiques pourront passer ensemble du pessismisme de l'intelligence, à l'optimisme de la volonté."

Il ne s'agit pas pour autant de prôner la décroissance comme solution écologique. Mais il importe de passer d'une société du jetable à une société du durable. Pour y arriver, il convient d'envisager une vision économique élargie, qui tienne compte de ces différents besoins. "Aujourd'hui nous devons tous ensemble prendre les dettes que nous a légué le XXe siècle. Ecologique, démographique ou même culturelle, recommande Nicolas Hulot."

Pour réaliser cette "union", le pacte écologique implique trois types de solidarité.

1) La solidarité avec le vivant. De la même manière que l'on a une communauté d'origine, on a une communauté de destin.

2) La solidarité de l'espace. Entre les différentes régions de la planète.

3) La solidarité avec le futur. On ne peut plus nier les changements climatiques. A force de sacrifier l'essentiel à l'urgence, l'urgence est aujourd'hui l'essentiel.

"Pour réaliser ce défi, il faut également mettre fin aux querelles idéologiques. Pendant longtemps, l'écologie était ancrée sur un pôle politique. Mais l'heure n'est plus au clivage. Le Pacte écologique est une manière de replacer l'écologie au centre des préoccupations.

Enfin, il importe d'agir au niveau de l'éducation et de la communication, afin de réaliser les enjeux de la mission écologique. "On ne doit pas culpabiliser la population, mais la responsabiliser", résume Nicolas Hulot.

10h20, Petit précis d'écologie industrielle

-- par Christophe Schenk

Directeur de l'Industrial Ecology Group de l'UNIL, Suren Erkman présente le fonctionnement de l'écologie industrielle. Pour le développement durable, il faut aujourd'hui une approche faite de trois composantes:

1) Un cadre conceptuel général et rigoureux, pour sortir des approches trop sectorielles ou trop idéologiques.  En une formule: une écologie scientifique.

2) Une stratégie opérationnelle et pratique pour une meilleure mise en oeuvre du développement durable.

3) Une transformation à grande échelle pour atteindre une stratégie collective et systémique qui permettra la collaboration d'un grand nombre d'acteurs économiques.

La Biosphère peut servir de modèle pour l'économie. Il ne s'agit pas de copier la Biosphère et le fonctionnement des écosystèmes, mais de s'en inspirer.

Groquik_90Aujourd'hui, il faut comprendre non seulement la comptabilité financière, mais également la comptabilité physique, afin de comprendre les ressources utilisées. L'idée est alors de maîtriser les flux entre les besoins et les ressources. Les enjeux sont à la fois écologiques et économiques.

Un exemple simple pour saisir la mise en oeuvre de ce concept peut être entrevu au niveau des emballages. En repensant et en diminuant la taille d'une boîte de poudre de cacao ou d'une canette de Cola, on économise sur les ressources en aluminum. Une autre forme de dématarialisation - indirecte cette fois-ci - peut se voir dans la compactification des transports de marchandises. En diminuant les espaces vides dans un convoi de transport, on diminue le nombre de voyage.

Ces différentes transformations impliquent un développement et une spécialisation professionnels. On pourrait ainsi rencontrer d'ici peu des analystes en métabolisme socio-industriel, des diététiciens territoriaux ou encore des optimiseurs de fonctionnalité...

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