-- Par David Spring
"Avons-nous toujours des amis dans le monde?", demande Chantal Tauxe. "Oui, nous avons aussi des concurrents", répond Micheline-Calmy Rey.
"Comment voyez-vous l'UE se développer", demande Alain Jeannet. "Je vous met en garde contre un défaut bien Suisse: le scepticisme. L'UE ne peut pas marcher puisque nous n'en faisons pas partie. Or, l'UE se fait et nous en profitons aussi. C'est la création d'un marché unique de 500 millions de consommateurs. Elle a réuni l'Europe de l'Est et l'Europe de l'Ouest. Je ne suis pas sceptique."
Micheline Calmy-Rey approuve l'intervention d'un invité: la Suisse n'est pas assez représentée en Asie. Nous délivrons 100 000 visas par année en Chine. Pour dégager des ressources, les représentations de notre pays dans l'UE baissent, et vont baisser leurs moyens.
Emmanuel Gétaz, ex-directeur des Docks à Lausanne, intervient. Il lit un petit discours sur un bout de papier, alors qu'il s'agit de l'heure des questions. Il lance un appel à la salle: il ne faut pas abandonner le Grütli à qui que ce soit et demande aux invités de soutenir Micheline Calmy-Rey sur la question du 1er août.
La présidente ne croît pas que le symbole du 1er août s'effrite. Concernant le Grütli, aujourd'hui, l'enjeu est celui de la liberté de mouvement de parole et de mouvement dans notre pays. Je vois que dans un lieu, et pas n'importe lequel, la liberté d'expression pourrait ne pas exister. Cette affirmation lui vaut des applaudissements de la salle.
Chantal Tauxe demande: "La Suisse, c'est macho-land?"
"Non, la question des deux femmes sur le Grütli est un prétexte [l'autre personne étant Christine Egerszegi, radicale et présidente du conseil national]. D'autres conseillers fédéraux, ni des femmes, ni des socialistes, ont été chahutés. Cela suffit. J'irai au Grütli... et je chanterai l'hymne national", conclut-elle en souriant.
Au sujet de l'UE. "Nous n'avons pas de majorité dans la population pour une adhésion dans l'Union européenne." Micheline Calmy-Rey défend ensuite la voie des bilatérales.
"Les escarmouches entre conseillers fédéraux deviennent de plus en plus en vives", indique Philippe Le Bé, journaliste à L'Hebdo. "Est-ce bon signe?"
"J'ai le sentiment que le Conseil fédéral fonctionne bien. Des personnes de sensibilités différentes s'expriment. Même si les débats sont durs, ils restent constructifs", répond la Genevoise.
D'autres personnes dans la salle interviennent, mais peinent à formuler des questions (ce qui explique que je ne les reprenne pas ici). Il s'agit plutôt de statements ou de promotion d'initiatives personnelles. Quand apprendra-t-on à préparer de vraies questions quand une conseillère fédérale se met aimablement à disposition?
Rebondissant sur une remarque de Chantal Tauxe, pour la présidente Calmy-Rey, l'initiative sur les minarets donne une fausse image de la Suisse à l'étranger. Pascal Couchepin a été confronté à des besoins d'explication en Algérie. Sur des chaînes arabes, il a été dit que nous avions effectivement interdit les minarets.
"En Suisse, la question des réfugiés est très marginale. Cela ne représente que 40 000 à 50 000 personnes." C'est plutôt l'intégration des étrangers comme force de travail qui pose problème. C'est une bonne chose que l'on débatte de nos valeurs, que nous nous demandions quelle est notre identité. savoir qui nous sommes va nous permettre de faire de la place à ceux qui arrivent."
Sollicité, Michael Reiterer, ambassadeur de l'UE en Suisse, approuve les propos de Micheline Calmy-Rey. Toutefois, il note que le bilatéralisme est également compliqué à gérer pour l'UE. Il déplore le manque de grandes idées dans le rapport du conseil fédéral sur l'UE.
La présidente ajoute que nous avons 120 accords bilatéraux. "C'est lourd à gérer!" Notre idée, c'est de travailler sur un accord-cadre qui chapeaute les autres, ce qui pourrait faciliter le travail.
"De plus en plus, la politique étrangère est de la politique intérieure. Certains me demandent pourquoi nous nous engageons au Sri Lanka. Mais c'est 40 000 personnes en Suisse: les guerres engendrent des migrations. La libre-circulation des personnes nous touche, dans notre capacité à créer des emplois. Il y a de moins en moins de marge de manoeuvre pour des décisions purement nationales. Les questions d'environnement ne s'arrêtent pas aux frontières."
Micheline Calmy-Rey s'estime "à sa place" au Conseil fédéral, et se sent utile à son pays.
Alain Jeannet, rédacteur en chef de L'Hebdo, annonce qu'il sera présent au Grütli le premier Août, et qu'il répétera l'hymne national pour l'occasion et conclut la journée.
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