- par Alain Jeannet
(éditorial, L’Hebdo du 30 avril 2009)
Le 22 mai 2008, sur la scène du Forum des 100, les conseillers d’Etat Broulis, Longchamp et Studer relançaient la question romande. Pas de belles paroles, mais du concret, du solide. Moins d’un an après, le préfinancement de la 3e voie ferroviaire lémanique semble acquis, le regroupement de toutes les promotions économiques romandes aussi. De pair, l’EPFL et l’Université de Lausanne s’impliqueront à Genève dans un projet de recherche consacré au cerveau. On est encore loin d’une fusion des deux cantons, mais un vent nouveau souffle sur le Léman.
Trente ans après la création du Jura, l’idée d’une nouvelle entité qui regrouperait le dernier-né des cantons avec Neuchâtel et le Jura bernois monte en puissance. Va-t-on assister à la création d’un arc jurassien complémentaire au pôle lémanique? Ou les Sangliers et les Béliers qui ressortent du bois ces jours vont-ils tout faire capoter? Trop tôt pour le dire. Mais le mouvement est lancé.
Menée par l’Institut M.I.S Trend, l’étude Sophia que L’Hebdo publie cette semaine (l'article sera disponible sur ce site demain) offre en tout cas quelques éléments de réponse. Une première conclusion: la population comme les décideurs voient clairement les limites de la logique cantonale. Et, même s’ils marquent une certaine retenue à l’évocation d’un big-bang institutionnel, ils plébiscitent la création d’un gouvernement qui pourrait coiffer les cantons romands. La réalité sociodémographique révélée par les géographes dans les années nonante est devenue une évidence. Et, ensuite, cap sur une grande région?
Ce sondage tente aussi de comprendre les ressorts de l’identité romande en 2009. Si les Welsches ont rompu avec le complexe du minoritaire, ils n’ont pas encore pris pleinement conscience de leurs atouts, notamment économiques – l’arc lémanique, par exemple, est en voie de réindustrialisation. De fait, ils semblent mieux armés que d’autres pour affronter la récession. Pourtant, les doutes (comme les clichés) restent vivaces.
Avec son essai « La question romande », qui sortira la semaine prochaine (Editions Favre), le politologue François Cherix verse une pièce de choix au dossier. Sa thèse, nourrie par une large enquête, se révèle stimulante. Le temps des crises, écrit-il, est celui des minorités. De la Suisse romande pourrait ainsi venir une impulsion pour l’ensemble du pays. Démarche politique revancharde? Réflexe provincial? Bien au contraire. «Etre loyal à la Suisse, c’est lui apporter sa différence, résume Cherix. Etre fidèle à soi-même, c’est oser s’affirmer de manière ouverte.»
Voilà pourquoi il faut sans cesse s’interroger, comme le fait le Forum des 100 depuis cinq ans, sur ce qui fonde le modèle helvétique. Sur les richesses et les pièges du fédéralisme. Sur les qualités et les fragilités de cette Suisse romande parfois prisonnière de ses paysages. Redécouvrons-la pour mieux la redessiner. C’est l’heure!




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