-- par Alain Jeannet
C’est quand, au moment de faire le plein, les chiffres à la pompe dépassent allègrement les 100 francs qu’on pressent des lendemains difficiles. Et brrr... ce n’est pas avec un baril à près de 150 dollars qu’on se réjouit du prochain hiver: se chauffer au mazout pourrait devenir un luxe. Faut-il craindre la récession? Et, pire, si la hausse se poursuit, devra t-on s’habituer aux images d’émeutes de la faim, mais aussi du froid?
La pénurie totale de pétrole n’est pas pour demain. Les énergies fossiles restent abondantes. Mais chères à extraire et à transformer. Alors, qu’on le veuille ou non, il faut préparer au plus vite la sortie du pétrole, développer les carburants alternatifs, repenser la production d’électricité. En Suisse comme en Europe, les coupures de courant seront quotidiennes dès l’hiver 2019-2020, prévoient les électriciens. On passera à la caisse: les tarifs vont augmenter de trois à quatre fois.
La semaine passée, l’Agence internationale de l’énergie en appelait à une «révolution des technologies de l’énergie». L’expression n’est pas galvaudée. Quelques chiffres, si l’on veut d’ici à 2050 diminuer de moitié les émissions mondiales de C02: près d’un milliard, c’est le nombre de voitures électriques ou à pile à combustible qu’il faudra mettre sur les routes. Pour la production d’électricité, on ne s’en tirera pas sans construire chaque année 32 nouvelles centrales nucléaires, 17 000 éoliennes... Un effort évalué à quelque 45 000 milliards de dollars.
On le voit, le chemin est raide. Parce que la plupart des technologies ne sont pas disponibles ou alors à des coûts prohibitifs. Parce que les incitations à développer des véhicules, des appareils et des bâtiments moins gourmands en énergie sont trop faibles. Parce que notre relation à l’énergie est en décalage avec l’évolution des prix – nos habitudes n’ont pas vraiment changé. Parce qu’on ne parvient pas à s’entendre sur la gravité de la situation mais, surtout, sur les pistes à suivre pour ralentir le réchauffement de la planète. Et éviter un état de rareté chronique.
Voilà pourquoi, comme avant la Révolution française, il faudrait convoquer des états généraux de l’énergie qui rassemblent tous les protagonistes. En Suisse, le besoin de débattre et de s’entendre sur une stratégie se fait sentir partout. Dans la population, déboussolée par ce nouveau choc énergétique. Parmi les dirigeants de l’économie. Au sein de la communauté scientifique. Dans les ONG et les milieux politiques. Au plus haut niveau de l’administration et du gouvernement. Et chez les producteurs d’électricité, qui projettent au moins une nouvelle centrale nucléaire. Faire le point. Etablir des priorités le plus rationnellement possible. Consentir les investissements nécessaires. Car trop attendre, ce n’est pas seulement courir le risque de voir le climat et l’économie se détraquer un peu plus. C’est aussi, comme dans les films de science-fiction les plus sombres, risquer le déclin de la démocratie. Le retour au Moyen Age. Ou, pire, à la barbarie.




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