-- par Alain Jeannet
Vingt-cinq centimes? Cinquante centimes? Quelle que soit l’augmentation du prix du litre d’essence proposée par Moritz Leuenberger, il faut se préparer à de belles empoignades. Le conseiller fédéral devrait publier bientôt son plan de lutte contre le réchauffement climatique − dont la fameuse taxe CO2 sur les carburants. Et tout indique qu’il sera froidement accueilli. Parce que toucher au porte-monnaie des automobilistes, c’est limiter ce qui est désormais considéré comme un droit fondamental, celui de se déplacer. Parce que, dans le cas précis, il s’agit de réinjecter le fruit de cette nouvelle taxe dans les assurances sociales. Un non-sens. Parce que cette mesure n’aura pas d’impact sur la consommation. Et donc pas d’effet bénéfique sur l’environnement. Malgré la hausse brutale de l’essence, ces douze derniers mois, les Suisses n’ont jamais autant roulé, il faut bien le reconnaître.
Le projet de taxe CO2 peut provoquer l’enlisement dans des querelles stériles. Ou alors relancer le débat sur la politique énergétique de la Suisse. C’est en tout cas ce qu’espèrent les chercheurs, les politiciens et les industriels interpellés par L’Hebdo. Chacun à leur manière, ils proposent des pistes à Moritz Leuenberger, responsable à la fois des Transports, de l’Energie et de l’Environnement, mais qui n’a pas su jusqu’ici profiter de sa position pour proposer un vrai plan. Et préparer, à terme, la fin du pétrole, du charbon, de l’uranium.
D’abord, les mesures d’économie. Notre groupe d’experts en dégage une dizaine qui permettraient des résultats spectaculaires (et rapides) pour améliorer notre efficacité énergétique quotidienne: chauffage, transports, électroménager... On sait par exemple que les immeubles Minergie sont quatre à cinq fois moins énergivores que la plupart des bâtiments existants. Mais ça n’est pas tout.
Dans sa réponse à la lettre de Peter Bodenmann, publiée dans L'Hebdo aujourd'hui, le président de Swatch Group, Nicolas Hayek, explique pourquoi il croit au potentiel du solaire et de l’hydrogène. Son axiome de base: à supposer que l’on puisse, dans un pays comme la Suisse, stabiliser puis diminuer notre consommation d’énergie, il en sera de toute façon autrement à l’échelle du monde. On connaît la soif des Chinois, des Indiens et de tous les autres pays en plein décollage économique. Difficile aussi d’imaginer que l’on puisse brider leurs envies de consommer et de voyager. Voilà pourquoi il faut investir massivement dans les énergies renouvelables. Avec un baril à 100 dollars, elles deviennent enfin concurrentielles.
Toujours dans L'Hebdo, le même Bodenmann poursuit sa réflexion et propose une politique pour «reconnecter» la Suisse, autrefois leader dans les technologies propres. S’il se montre optimiste pour des pays comme l’Allemagne, il manifeste aujourd’hui le plus grand scepticisme face à une Suisse détentrice de savoir-faire uniques, mais qui peine à les exploiter. Pour lui, c’est à l’étranger qu’on finira par créer les nouveaux emplois de cols verts. Et pas chez nous. Après le virage raté de l’informatique, celui des nouvelles énergies? A moins de suivre les injonctions de Nicolas Hayek. Ou celles d’un vétéran de l’industrie automobile, le Suisse Bob Lutz, de General Motors, grand promoteur (récemment converti) de la voiture électrique.
Pour les élections fédérales, la plupart des partis, de droite comme de gauche, avaient repeint leur façade en vert. Ils semblent avoir oublié, depuis, leurs discours tonitruants sur le mariage de l’écologie et de l’innovation. On attend désormais du PDC, des radicaux mais aussi des socialistes, qu’ils reprennent sérieusement le débat. Qu’ils suivent l’exemple des Sarkozy, Schwarzenegger et autre Angela Merkel.
Et qu’ils passent à l’acte.
Téléchargez l'article "La Suisse face à sa révolution écologique" publié aujourd'hui dans L'Hebdo (6 pages, PDF 640 KB)




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