Lors de sa discussion avec les participants au Forum des 100 du 31 mai dernier, la Présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey avait exprimé son intention de se rendre le 1er Août au Grütli, jour de la fête nationale, et d'y tenir un discours, malgré la controverse des derniers mois sur la sécurité et les coûts de la manifestation. Calmy-Rey avait notamment déploré qu'il puisse y avoir "un endroit en Suisse où la liberté de parole et de mouvement n'est pas garantie". La manifestation du Grütli (photo à droite) se fera -- grâce à deux entrepreneurs. Portrait.
-- par Pierre-André Stauffer
Un nom à n’en plus finir. Des syllabes harmonieuses qu’on prononce avec un plaisir gourmand. Johann Niklaus Schneider-Ammann. Il est Bernois, il est radical, conseiller national, industriel, président de Swissmem, association de l’industrie suisse des machines, des équipements électriques et des métaux. Il est aussi vice-président d’economiesuisse. Et accessoirement sauveur de la nation.
Grâce à lui et à son ami Nicolas Hayek, la Fête du 1er Août sur le Grütli aura bel et bien lieu. Les deux industriels sortiront de leur poche l’argent nécessaire à l’engagement d’une entreprise de sécurité privée pour contrôler les 1700 billets d’entrée. La somme devrait tourner autour des 200 000 francs.
Johann Niklaus Schneider-Ammann et Nicolas Hayek sont liés d’amitié depuis vingt ans. Sauver, ça les connaît. Ils se sont rencontrés la première fois en 1987 au Lausanne Palace, le jour où Nicolas Hayek présentait à un auditoire d’investisseurs émerveillés son plan de sauvetage de l’industrie horlogère suisse. Rentré chez lui à Langenthal, Johann Niklaus Schneider-Ammann organise aussitôt un conseil de famille (le groupe Ammann est une entreprise familiale) pour lui proposer de participer à l’opération. «C’est ainsi que nous avons été l’un des premiers actionnaires du groupe Swatch», confie l’industriel bernois. Dix ans plus tard, Nicolas Hayek lui demandait d’entrer au conseil d’administration.
Et puis, en 2007, c’est l’affaire du Grütli. Le plus énervé est Nicolas Hayek. Comment est-il possible qu’un pays comme la Suisse n’arrive plus à organiser une fête nationale sur la mythique prairie? Le patron de Swatch n’y comprend rien. Il n’arrive pas à admettre la dérobade des cantons et de la Confédération. «Explique-moi la politique, implore-t-il lors d’un appel téléphonique à son ami de Langenthal. Explique-moi la politique et dis-moi ce qu’on peut faire?» Si ce n’est qu’une question de fric, Nicolas Hayek est prêt à mettre quelque chose. Les discussions commencent, une offre est faite aux cantons de Lucerne et d’Uri, organisateurs en perdition des festivités du Grütli. Johann Niklaus Schneider-Ammann et Nicolas Hayek compenseront eux-mêmes le coût pour les cantons de la défection fédérale.
«Mais pour l’avenir, nous attendons de la Confédération et des cantons concernés qu’ils offrent en commun une fête nationale d’envergure, qui ne se réduise pas à une discussion sur son coût et la manière de le répartir, déclare, presque solennel, Johann Niklaus Schneider-Ammann. Il est très important que nous démontrions notre fierté d’être Suisses et notre volonté de travailler ensemble dans la situation privilégiée qui est la nôtre.» Ce que la Suisse a vécu ces derniers mois, ces atermoiements, ces esquives, cette fuite devant les responsabilités «n’étaient pas dignes de notre pays». Organiser la fête nationale est «un devoir de la Confédération et des cantons». Tous les devoirs ayant un coût, «j’attends qu’après l’exception 2007 les pouvoirs publics paient le leur à 100%».
Johann Niklaus Schneider-Ammann, silhouette sportive de 55 ans, se définit lui-même comme un «patriote». Pour lui, il est évident que la sécurité publique ne doit pas devenir l’affaire des privés. L’exception 2007 devait parer au plus pressé, pallier l’insupportable défaillance des politiques. «La fête du Grütli, cette fête symbolique, est un événement pour tout le monde, homme ou femme, Romand ou Alémanique, socialiste, radical, UDC, ou tout ce que l’on voudra: ces différences n’ont aucune importance.» C’est pourquoi l’industriel bernois n’a «pas vraiment compris» la préséance que Micheline Calmy-Rey semblait accorder aux femmes dans cette histoire, mais «c’est la présidente de la Confédération», dit-il avec respect. Et Johann Niklaus Schneider-Ammann attend du président ou de la présidente, «qu’il ou elle participe chaque année à ce rassemblement patriotique». Sans profiter de l’occasion «pour faire de la provocation».
Le patriotisme suppose une élégance dans la manière. Chez le radical bernois, ce n’est pas une pose, c’est une attitude de l’âme, un mélange de pudeur et de détermination, sans qu’on sache toujours laquelle masque l’autre. A l’origine, il se destinait à la médecine vétérinaire, comme son père, qui se réjouissait déjà de voir son fils suivre sa trace. Mais, après quelques mois d’études, Johann Niklaus a renoncé: «Trop d’influences extérieures dans votre travail.» De cette époque, il lui reste une amie, Katharina Ammann, qui deviendra sa femme et exerce toujours le métier de vétérinaire. Katharina Ammann est la fille d’Ulrich Ammann, industriel et ancien conseiller national, chef d’une entreprise de machines de construction fondée en 1869. Ingénieur électronicien de l’EPFZ, le vétérinaire raté prendra bientôt la succession de son beau-père à la tête d’un groupe fort de 2700 collaborateurs, 1100 en Suisse et 1600 répartis entre l’Allemagne, la France, l’Italie et la Turquie. En 2007, le groupe Ammann devrait réaliser un chiffre d’affaires consolidé de 1 milliard et 300 millions de francs. «Historiquement, je suis le premier des dirigeants du groupe qui ne portait pas le nom de la famille fondatrice», sourit Johann Niklaus, qui a ajouté «Ammann» à son propre patronyme.
C’est une maxime du beau-père qui a conduit Johann Niklaus, en 1999, à faire de la politique active. «Il faut savoir se sacrifier un peu pour influencer les conditions-cadres dans lesquelles évoluent les entreprises. C’est tout bénéfice pour l’économie et pour la société.» Le beau-fils a prolongé la maxime: il faut réagir quand le patriotisme est menacé par l’incurie ou l’indifférence du pouvoir politique.
(Publié dans L'Hebdo du 28 juin 2007)



Lors de sa discussion avec les participants au Forum des 100 du 31 mai dernier, la Présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey avait exprimé son intention de se rendre le 1er Août au Grütli, jour de la fête nationale, et d'y tenir un discours, malgré la 
Commentaires