Au Forum des 100 du 31 mai dernier, Daniel Brélaz, le syndic de Lausanne, a recommandé l'approche californienne du gouverneur Arnold Schwarzenegger à la crise environmentale: fixer des délais pour des mesures contraignantes en matière d'environment afin de laisser aux entreprises et aux particuliers le temps de s'adapter, mais aussi de s'assurer que l'on obtiendra des effets concrets. Donnant suite à l'intervention de Brélaz, notre correspondante aux Etats-Unis est allé voir quelles mesures a annoncé le gouverneur de Californie -- et pourquoi les experts, écolos comme financiers, pensent que son exemple fera mouche.
-- par Maria Pia Mascaro
L’environnement, c’est comme le bodybuilding. Enfin, c’est comme ça qu’aime en parler Arnold Schwarzenegger, gouverneur de Californie, devenu l’improbable chantre de la lutte contre le réchauffement climatique aux Etats-Unis. «Au début, le bodybuilding ça faisait mauvaise façon, des célébrités le pratiquaient à Hollywood, mais elles n’osaient pas l’admettre», lançait, très sérieux, le mois dernier, Schwarzenegger aux membres médusés du Conseil on Foreign Relations à New York, plus habitués à entendre les grands de ce monde débattre des crises internationales.
«Eh bien, c’est pareil avec l’écologie», poursuit, sûr de son fait, le bodybuildé le plus célèbre du monde. «Il a fallu apprendre à la rendre aussi sexy et à la mode que la musculation.» Le gouverneur californien, que certains surnomment déjà l’Al Gore des républicains, se targue, non sans raison, d’être l’un des artisans de la vague verte qui gagne peu à peu les Etats-Unis. Il ne se contente du reste pas d’en parler. Ce qui lui a valu ces
derniers mois une couverture de Newsweek, des invitations par les cercles politiques les plus prisés et influents de Washington et de New York, des sollicitations par tous les plateaux de télévision. Surtout, il est aujourd’hui le républicain le plus détesté à la Maison-Blanche.
En septembre dernier, à quelques mois d’une réélection loin d’être assurée, l’ancien Monsieur Univers, qui a rangé son écurie de sept Hummer au garage, ces 4x4 qui sont au civil ce que le Humwee est au militaire, part en campagne à bord d’un bus repeint en vert et arborant une image du spectaculaire massif du Yosemite sur le flanc. Il signe peu après la loi AB32, le texte législatif le plus drastique adopté à ce jour pour réduire les gaz à effets de serre aux Etats-Unis. D’ici 2020, les émissions de CO2 devront être ramenées au niveau de 1990, soit une baisse de 25%, puis de 80% d’ici à 2050. Principales industries visées: les constructeurs automobiles, les raffineries, les cimenteries...
La loi n’entrera en vigueur qu’en 2012, mais déjà l’Air Ressource Board (ARB), l’agence chargée de son application, planche sur les premières mesures «précoces» à mettre en place, si possible dès 2009. «Nous préparons un système de déclarations obligatoires du niveau d’émissions et la liste des industries à inclure», explique BreAnda Northcutt, porte-parole d’ARB. «Les compagnies qui réduiront leurs émissions avant 2012 recevront des crédits sous une forme ou une autre.»
Déjà, certains secteurs industriels tremblent. David O’Hare, vice-président de Portland Cement Association, qui regroupe des cimenteries aux Etats-Unis et au Canada, doute que ces grosses émettrices de CO2 puissent respecter le délai. «Il nous faut une transition plus longue pour mettre en place un système de capture des gaz avant qu’ils ne soient libérés dans l’atmosphère, la technologie n’est pas au point.» Se faisant tour à tour menaçant, puis dépité, David O’Hare affirme: «Nous devrons augmenter la part de ciment importé et fermer des cimenteries californiennes, ou alors délocaliser.» La grogne n’est pas spécifique à son secteur.
Soucieux de préserver ses liens privilégiés avec les milieux d’affaires, Arnold Schwarzenegger a amendé à sa manière l’AB32 en signant un décret exécutif réclamant la mise en place d’une bourse d’échange d’émissions fonctionnant sur le modèle en vigueur en Europe. Un cadeau aux industries lourdes californiennes. Les législateurs, en majorité démocrates dans le Golden State, ne l’avaient mentionné que comme un outil d’incitation possible dans le texte original. Schwarzenegger, qui se fait déjà l’avocat de ce marché en Europe et au Canada, espère qu’il sera un jour compatible avec le système européen et avec celui que s’apprêtent à mettre en place les Etats de Nouvelle-Angleterre.
Le principe de ce marché est relativement simple. «Les compagnies recevront des crédits d’émissions qui auront été déter-minés par secteur industriel, explique Mme Northcutt. Les compagnies moins polluantes pourront vendre leur surplus à celles qui n’arriveront pas à respecter immédiatement les quotas imposés.»
Et c’est le gros point d’achoppement avec les associations de protection de l’environnement, par ailleurs plutôt enclines à donner des bonnes notes au gouverneur nouvellement drapé de vert: «C’est trop simple de donner aux compagnies des crédits, qu’elles peuvent ensuite échanger en se donnant bonne conscience. Ces crédits doivent avoir un prix et être mis aux enchères, pour que le coût réel des émissions de CO2 soient comptabilisés», estime Carl Zichella, directeur régional du Sierra Club, la plus grande organisation écologiste des Etats-Unis. «L’argent récolté par l’Etat pourrait financer d’autres mesures de protection de l’environnement.»
Gary Patton, directeur de la Ligue pour la protection et la planification, partage ces craintes. «Il faut d’abord imposer des réductions d’émissions strictes pour chaque secteur industriel. Ensuite, on pourra éventuellement instaurer un marché des émissions.» Cet environnementaliste de longue date craint que l’approche trop optimiste de Schwarzenegger, basée sur les lois du marché, n’occulte le vrai problème. «A terme, nous devrons tout passer en revue: notre production d’énergie, notre aménagement du territoire, notre utilisation de l’eau, notre mode de vie.»
BreAnda Northcutt assure qu’aucune décision n’a encore été prise sur le fonctionnement de cette bourse d’échange, qui sera introduite parallèlement aux réductions d’émissions et préparée «en consultation avec tous les milieux concernés». «Je dois leur reconnaître ceci, commente Carl Zichella, ils nous consultent vraiment, le dernier mot n’a pas encore été dit et je crois que Schwarzenegger est sincère.»
C’est surtout à Detroit que gronde la colère contre le gouverneur
Terminator, depuis qu’il s’est fait le défenseur d’une loi signée en
2002 par son prédécesseur et qui dicte dès 2009 une réduction de 25%
des émissions de CO2 aux nouveaux modèles de voitures et de 18% aux
pick-up. Pour imposer ces restrictions plus sévères que celles en
vigueur au niveau fédéral, la Californie doit d’abord obtenir une
dérogation de l’Agence fédérale de la protection de l’environnement
(EPA), dérogations qu’elle a déjà obtenues plus de quarante fois par le
passé.
Il s’agit là d’une disposition particulière spécifique à la Californie,
au titre de mesure de santé publique, puisqu’elle est à la fois l’Etat
le plus pollueur mais aussi le plus pollué du pays. C’est grâce à cette
exception que l’Etat avait pu imposer dès les années 70 l’utilisation
des catalyseurs par exemple.
Mais c’était compter sans les constructeurs automobiles de Detroit qui ont fait opposition. Mal leur en a pris, ils viennent d’être sèchement déboutés par la Cour suprême qui a estimé que l’EPA doit prendre position. Mais cette agence, dont les accointances avec les milieux automobiles et pétroliers depuis l’arrivée de l’administration Bush au pouvoir sont notoires, traîne encore les pieds. Elle sait surtout que douze autres Etats ont fait savoir qu’ils s’aligneraient sur les standards californiens et que cinq se tâtent.
Bref, comme le veut l’adage, la Californie donne le ton, le reste du pays suit. Du coup, Detroit espère que l’EPA édictera de nouvelles normes fédérales, forcément plus clémentes que les californiennes et renverra Schwarzenegger à Sacramento. Mais ce dernier a promis que l’affaire finira devant les tribunaux s’il n’obtient pas gain de cause.
L’initiative Million Solar Roofs, dont l’objectif est de doter la Californie d’un million de toits solaires d’ici à 2018 est la plus unanimement acceptée. Des incitations financières, sous forme d’allègement fiscal et de réduction des factures d’électricité, sont offertes aux privés et aux commerces pour installer des panneaux solaires sur leurs maisons et leurs immeubles. L’engouement pour le solaire dans cet Etat baigné de soleil date de plusieurs années déjà. Les bâtiments équipés au solaire seront équipés du «Net-Metering», un système de comptage qui déduira de la facture finale du consommateur toute l’électricité fournie par son installation.
«C’est une initiative extraordinaire, vous vous rendez compte, nous parlons de 3000 mégawatts, la puissance de trois centrales nucléaires et ce n’est que le début», jubile Carl Zichella. Gary Patton, plus nuancé, aurait préféré que «l’initiative permette à ceux qui produisent plus qu’ils ne consomment de vendre leur surplus au réseau. A terme, nous devons envisager des modèles locaux et décentralisés de production d’énergie.» Tout le monde ne profite cependant pas de la manne solaire. Pour éviter les faibles résultats obtenus par des expériences du même type, en Allemagne notamment, la Californie impose des critères précis comme l’inclinaison du toit, la part d’ombre, etc. Peu soucieux des critiques, Arnold poursuit dans sa «glamorisation» du tout écolo. Il va jusqu’à imaginer une autoroute à hydrogène qui longerait le Pacifique et il exige des compagnies électriques qui fournissent l’Etat d’acquérir au moins 20% de leur courant auprès de fournisseurs d’énergies propres. Un de ses Hummer – difficile de s’en séparer tout de même – roule désormais à l’hydrogène,
après une coûteuse transformation. Il est convaincu qu’à terme les
marchés lui donneront raison. «Arnold dit au Michigan, bouge tes
fesses!» lance-t-il encore devant son public new-yorkais, qui cette
fois se laisse aller à rire.
Dans la Silicon Valley, où les clean-tech font miroiter les mêmes
promesses que les puces informatiques dans les années 90, on se fiche
de Detroit comme d’une guigne. «Les compagnies high-tech deviennent les
apôtres du développement durable. Nous allons assister rapidement à une
guerre entre les David de la Valley et les Goliath que sont les
mastodontes qui ont fait le XXe siècle avec le pétrole», prédit Pierre
Trébert à San Francisco, directeur des opérations à Innovest, une
entreprise de conseils en gestion. «Ils cherchent tous le Google du
clean-tech.» Schwarzenegger est certain que c’est un Californien qui le
trouvera.
(Publié dans L'Hebdo du 28 juin 2007)




un très bon complément d'informations sur le réchauffement climatique.
Http://neoconservatisme.over-blog.com/
D.J
Rédigé par : D.J | vendredi 20 juillet 2007 à 17h03
telement ecolo qu'il vient dans Pimp My ride quand l'equipe de Mtv prepare une voiture au Biodiesel.
Qu'il est gentil monsieur Schwarzenegger
Rédigé par : louisa | samedi 08 septembre 2007 à 11h34
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Rédigé par : overunity | samedi 27 octobre 2007 à 09h31
Bonsoir
Un très bon blog sur l'écologie ici : http://www.blog.wayako.com
Rédigé par : Cherylee | samedi 28 novembre 2009 à 00h20