Exclusif. La pile à combustible est l’avenir de l’automobile. Dix ans après la Smart, Nicolas Hayek et ses partenaires veulent positionner la Suisse en pointe des énergies propres. Par Bruno Giussani et Alain Jeannet.
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Décidément, Nicolas Hayek ne renonce jamais. On savait qu’il jouait, depuis son retrait de l’aventure Smart, avec l’idée d’un moteur révolutionnaire. Le voici enfin, son nouveau plan: la production de voitures propres, fonctionnant grâce à une pile à combustible (PAC). Ses partenaires: l’entreprise d’électricité fribourgeoise Groupe E et les Ecoles polytechniques fédérales – plus spécifiquement l’Institut Paul Scherrer. Une société commune devrait être créée ces prochains jours. Son nom? Il reste à trouver. L’actionnaire majoritaire? Nicolas Hayek. «Regardez par la fenêtre, explique le légendaire entrepreneur. Le climat est devenu fou. Parce que l’homme n’a pas su soigner sa planète. Parce qu’il n’a pas compris la responsabilité qui est la sienne. Je veux faire tout ce qui est en mon pouvoir pour accélérer le développement des énergies alternatives et renouvelables. En Suisse comme partout dans le monde, nous allons beaucoup trop lentement.»
Combien Swatch Group, Nicolas Hayek (à titre privé) et ses partenaires vont-ils investir ensemble dans cette entreprise? Dans un premier temps, une somme relativement modeste en regard de l’ambition du projet. Soit entre 20 et 30 millions de francs. Quand ces automobiles vertes seront-elles disponibles sur le marché? Et quelle allure auront-elles? Trop tôt pour le dire. Surtout, le fondateur et président du géant horloger n’envisage pas, cette fois, de construire l’entier du véhicule. Il a tiré les leçons de son difficile partenariat avec DaimlerChrysler et préfère se concentrer sur la fabrication d’un moteur qui sera vendu aux grandes marques automobiles, ou aux futurs constructeurs. Il précise: «Cette technologie existe depuis plusieurs années. Le problème? Elle reste extrêmement onéreuse et peu fiable.» L’objectif consiste donc à faire baisser le coût de revient d’un moteur (actuellement plus de 50 000 francs) à moins de 10 000 francs. Et à le rendre plus résistant.
A L’HORIZON 2010
C’est là qu’intervient l’Institut Paul Scherrer. Les chercheurs zurichois ont développé une technologie PAC particulièrement performante, d’ailleurs déjà testée sur un autre projet avec le fabricant de pneus Michelin celui-là, dont un prototype a été exposé au Forum des 100. Il s’agit maintenant, grâce au savoir-faire et à l’expérience de Nicolas Hayek, de Swatch Group et de l’entreprise Hayek Engineering, de passer, par étapes, au stade de la production industrielle et de la commercialisation. Horizon 2010.
Bien sûr, Swatch Group et ses partenaires ne sont pas les seuls sur le coup – tous les grands constructeurs automobiles travaillent sur leur version d’une voiture fonctionnant sur le principe de la pile à combustible. Ce qui différencie le projet Hayek, c’est qu’il intègre la problématique du ravitaillement en carburant. Le nerf de la guerre, puisque la grande faiblesse des piles à combustible, c’est l’approvisionnement en hydrogène: de grandes quantités d’énergie sont nécessaires pour le produire à partir de l’eau (lire l’encadré).
La beauté et l’originalité du projet Hayek, donc? Grâce aux développements des ingénieurs du Groupe E et au dynamisme de son patron, Philippe Virdis, la nouvelle société n’offrira pas seulement des moteurs automobiles, mais aussi un système d’électrolyse permettant de séparer l’eau en hydrogène et en oxygène, les carburants nécessaires au fonctionnement de la pile à combustible. Et, pour alimenter cet appareil, une installation de panneaux photovoltaïques fixée, par exemple, sur le toit de la maison. En résumé, l’énergie d’origine solaire, combinée à l’eau, permet de faire rouler des voitures sans aucune émission de CO2. La boucle écologique est bouclée.
L’ATOUT DE LA SUISSE
Mais attention: l’ambition de Hayek, Virdis & Co. n’est pas seulement d’appliquer cette technologie à l’automobile. En effet, le même procédé peut être utilisé pour satisfaire les besoins en électricité d’un ou de plusieurs ménages. Objectif: développer et commercialiser une espèce de minicentrale. «Et la faire tenir, à terme, dans un volume équivalent à celui d’une machine à laver le linge», explique Philippe Virdis (un électrolyseur aujourd’hui occupe la taille d’un garage). Un pas de plus est franchi, qui nous rapproche d’une production décentralisée de l’énergie! Qu’il s’agisse de faire fonctionner un fer à repasser, un poste de télévision, un ordinateur... Ou de remplir son réservoir.
On l’ignore trop souvent: la recherche et l’industrie helvétiques sont bien armées pour jouer un rôle de pionnier dans le développement et la production de voitures de nouvelle génération. «Nous sommes à la pointe des technologies de la pile à combustible, souligne encore Alexander Zehnder, le président des Ecoles polytechniques. Et nous devons tout faire pour conserver cette avance.» Il y a plus: l’industrie helvétique exporte déjà chaque année pour 7 milliards de francs de composants automobiles, la plupart à forte valeur ajoutée, sans pourtant abriter de grandes marques. Ce qui lui assure cet avantage précieux: contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays, l’introduction de technologies d’avant-garde ne se heurte pas au lobby des constructeurs automobiles établis et à leur réticence à adopter les idées les plus audacieuses. «Si nous voulons vraiment inverser le cours des choses à l’échelle du globe, conclut Nicolas Hayek, il faut repenser de toute urgence et fondamentalement notre manière de nous déplacer. La façon aussi que nous avons de produire et de gérer l’énergie consommée quotidiennement. Je vous le dis: nous, les Suisses, nous sommes sans aucun doute les mieux placés du monde pour provoquer ce changement.»
(Publié dans L'Hebdo du 23 août 2007)
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